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Le West-Eastern Divan Orchestra et Daniel Barenboim à la Philharmonie [Live-Report]

Le West-Eastern Divan Orchestra et Daniel Barenboim à la Philharmonie [Live-Report]

28 octobre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

Ce Vendredi 27 Octobre la Philharmonie nous a conviés à un programme double avec le Don Quichotte de Richard Strauss suivi de la Symphonie n°5 de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Pour l’occasion le West-Eastern Divan Orchestra retrouvait son co-créateur Daniel Barenboim et mettait en scène entre autres le dialogue entre l’alto israélienne Miriam Manasherov et l’Austro-perse Kian Soltani. Une soirée d’excellence qui a culminé avec le final de la Symphonie envoûtante du maître russe.

Un orchestre commun pour le Moyen-Orient

Depuis presque vingt ans, le West- Eastern Divan Orchestra occupe une place essentielle dans le monde musical international. Son origine remonte à 1999, lorsque Daniel Barenboim et le professeur de littérature palestinien Edward Said ont créé un workshop destiné à de jeunes musiciens venus d’Israël, de Palestine et de plusieurs pays arabes afin de promouvoir la coexistence et le dialogue interculturels. Des concerts donnés à Rabat, Doha, Abu Dhabi et le concert emblématique de Ramallah en 2005 constituent autant de jalons sur cette voie. C’est cet orchestre qui s’empare aujourd’hui du poème symphonique sur l’épopée du généreux et idéaliste Don Quichotte puis de la symphonie du Tchaïkovski, de cette symphonie décrite à sa création comme trop confuse, trop compacte et manquant de sincérité pour être aujourd’hui une des œuvres les plus appréciées du maître.

Une première partie étonnante

C’est sans pupitre ni partition que Daniel Barenboim, élégant et déjà star emboîte le pas à Kian Soltani. Ce dernier campe légitimement la vedette : il est le violoncelle, celui qui incarne le personnage de Don Quichotte; A quelques rangées la clarinette basse, le tuba et l’alto jouent le motif Sancho Panza. Les aventures du chevalier et de son fidèle compagnon sont déroulées; la musique est cyclique, dansante parfois hispanisante, toujours surprenante. A l’image de l’ajout dans les percussions de cet étonnante machine à vent. La salle si particulière de la Philharmonie où il nous semble que nous avons traîné dans une atmosphère familiale nos chaises pour nous regrouper assis en rond autour de l’orchestre, vibre à l’unisson de l’épopée symphonique.

Une deuxième partie enivrante

Après la pause l’orchestre libéré de ses percussions nous offre une magnifique symphonie n°5 de Tchaïkovski tout en cordes. Et c’est au son des violons et dans une torpeur que ceux-ci bercent que nous découvrons le thème cyclique unique de cette symphonie, thème commun aux quatre mouvements et qui symbolise la main invisible de la  providence. L’exploit de Barenboim et de son orchestre est dans cette lancinante berceuse qui nous offre à côtoyer une divine sérénité hallucinatoire hors du temps. Délicatement dirigé par le pianiste israélien, l’orchestre relève le défi technique dans une interprétation puissante et énergisante, une interprétation où le défi justement consistait à assurer la cohérence et l’homogénéité, et que l’orchestre qui se connaît bien tendrement regroupé autour de son chef a su signer. Ainsi la fameuse mélodie de quatre notes du motif est reprise successivement par chaque groupe d’instruments pour, dans le quatrième et dernier mouvement, produire la rencontre attendue entre les cordes, les cuivres et les bois. Emboitant une rencontre fraternelle entre nous, l’orchestre, Tchaikovski et Barenboim conclue par une longue standing ovation méritée.

visuel : Daniel Barenboim, West-Eastern Divan Orchestra © Monika Rittershaus

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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