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« Les Bienheureux », portrait d’Alger sur deux générations pas Sofia Djama [Cinemed 2017]

« Les Bienheureux », portrait d’Alger sur deux générations pas Sofia Djama [Cinemed 2017]

28 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Présenté en section orizzonti à Venise et en compétition au Festival Cinemed, Les bienheureux est le premier long métrage très attendu de la réalisatrice algérienne Sofia Djama. Un film intense qui brosse le portrait d’une capitale usée et qui ne se remet pas de son Histoire.
[rating=3]

A Alger, quelques années après la guerre civile, l’élégante Amal (Nadia Kaci) et son mari Samir (Sami Bouajila) s’apprêtent à fêter sans conviction leur 20e anniversaire de mariage. Lui est médecin et pratique secrètement l’avortement et leur fils est en crise d’adolescence prolongé entre pétard, engagement politique d’esbroufe et deux amis étranges : un jeune homme qui s’islamise et une copine livrée à elle-même et u peu perdue (magnifique Lyna Khoudry, primée à Venise). A travers les conflits de deux générations et le manque d’énergie et d’envie qu’elles ont en partage, c’est tout un pays qui se trouve mis en question.

On avait adoré les courts-métrages de Sofia Djama, notamment l’acerbe et anticonformiste, Mollement un samedi matin (2011), qui mettait en scène un viol raté faute d’érection à Alger, et par-là et l’agression pénible et réussie qui demeure, la débandade d’une génération, tous genres confondus. On attendait avec impatience son long-métrage, qui est distribué par Bac Films et sort en France le 13 décembre 2017. Les Bienheureux a ainsi retenu l’attention de plusieurs grands festivals dont Venise et Cinemed qui célébrait le cinéma algérien où il a obtenu une mention spéciale. Si les obsessions de la réalisatrice sont bien là et les acteurs au rendez-vous, le traitement du thème si grave de la génération et de l’énergie sacrifiés est frontal, et passe par de très longues discussions politiques explicites (jusqu’au chant des partisans adapté à l’Algérie).  On est touché, mais par à coups, et à temps le rythme lancinant dessert ce film film qui, dans sa forme comme dans son contenu, semble pétri par la nostalgie de ce qui n’aura pas lieu.

Les Bienheureux de Sofia Djama avec Nadia Kaci, Sami Bouajila, Lyna Khoudry, Algérie, 2016, 102 min. Bac Films. Sortie le 13 décembre 2017.

visuel : (c) Pierre Âam pour Liaison Cinématographique.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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