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Victorien Vanoosten et l’Ensemble Symphonique Neuchâtel sacrent le Printemps sur Youtube

Victorien Vanoosten et l’Ensemble Symphonique Neuchâtel sacrent le Printemps sur Youtube

20 mars 2021 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’un concert important a été annulé en novembre pour l’Ensemble Symphonique Neuchâtel (EN), son chef d’orchestre, Victorien Vanoosten a invité 34 des musiciens à se décupler en la centaine qu’il faut pour interpréter la « Danse sacrale », dernier mouvement du Sacre du Printemps d’Igor Stravinski. L' »Isolated ensemble » propose donc en ce 20 mars une vidéo où ils jouent un à un, avec un visuel très fort signé par Supermafia où l’impact des notes crée l’image…

Comment avez vous traversé la pandémie avec L’Ensemble Symphonique Neuchâtel (ESN)? 

J’espère que nous l’avons bientôt passée, parce que malheureusement ce n’est pas encore tout à fait fini. Pour ma part, la pause forcée dans cette vie trépidante où nous voyageons tout le temps a aussi été positive. Mais la scène nous manque.  L’expression « le public nous manque » ne me plait pas trop, parce que j’espère surtout que c’est l’inverse et que nous manquons au public. Le fait de ne pas pouvoir jouer ensemble est difficile. Et le plus dur, mais qui concerne aussi d’autres métiers, c’est le manque de projection. Nous sommes emprisonnés par ce virus. Je pense que le plus dur pour les musiciens, c’est d’avoir un projet et qu’au tout dernier moment, il y ait un nouveau confinement, de nouvelles restrictions. Et quelques heures avant, tout s’annule. C’est comme cela qu’en novembre, un concert s’est annulé dix jours avant : nous ne pouvions plus nous réunir à plus de cinq personnes et nous avons donc inventé autre chose…

Avez-vous pu jouer pendant l’été ?

J’ai la chance personnellement d’être pianiste donc j’ai pu jouer comme soliste. Et l’Orchestre s’est produit presque normalement en septembre, en respectant les distanciations entre les musiciens, ce qui a un impact sur le son. Nous avons dû nous adapter.  Mais la salle était relativement pleine avec des restrictions  aussi. 

Comment est venue l’idée de l’ »Isolated ensemble » ?

Cette idée est un peu folle et, avant de convaincre le monde entier, j’ai dû convaincre mes collègues. Nous avons été témoins des orchestres qui ont commencé à jouer chacun chez soi, dès le mois de mars dernier. Je trouvais cette idée très courageuse, parce que d’un point de vue musical, c’est très compliqué de jouer tous de la musique symphonique, elle ne peut pas fonctionner sur un « clic », c’est impossible. À distance, nous ne pouvons pas être réguliers, comme une boîte à rythme dans d’autres styles de musique comme le rap ou même la pop. Je trouvais qu’il était important de montrer que les orchestres sont présents sur le web, comme les autres musiciens quand nous ne pouvions pas exercer notre métier. Je me suis dit « pourquoi  ne pas pousser le concept encore plus loin ? » J’ai eu l’idée de demander à un musicien de jouer de nombreuses pistes différentes. En imaginant qu’elle puisse jouer de tous les instruments, nous pourrions avec une seule personne jouer cent pistes d’un coup ! Et j’ai eu envie d’une identité visuelle forte, dans de très bonnes conditions, au lieu de filmer chacun avec les moyens du bord. D’où l’idée d’investir un studio d’enregistrement ; et nous avons eu la chance de travailler avec le Collectif Supermafia. Ce sont des maîtres de la création visuelle.  Je leur ai parlé avec mes mots de musiciens et ils m’ont répondu avec leurs mots d’artistes visuels. Je leur ai dit qu’un orchestre, avant un tout, c’est une unité, mais aussi plein de personnes différentes. Avec cette vidéo, nous voyons une unité avec chacun, dans une lumière particulière. Tout le monde joue en direct, c’est le son de chaque musicien qui est enregistré, et quand vous voyez les écrans s’allumer, c’est aussi en direct. Ils ont joué la Danse sacrale en intégralité et, à chaque fois qu’il y avait un son d’archet, de trompette, de percussions, l’écran derrière s’allumait. C’est du live où l’on voit la musique, on voit les instrumentistes qui jouent. Tout est réel et c’est cela le challenge.  Pendant cette production, à certains moments, je me suis dit que nous n’allions jamais y arriver. Nous avons dû tout réinventer en post-production, alors même que rien n’a été rajouté en informatique

Pourquoi commencer par la danse sacrale de Stravinsky ? Vous prévoyiez dès l’origine de sortir cet hymne au printemps ?

C’est un des morceaux les plus complexes du répertoire pour un orchestre, le rythme est un véritable challenge, et l’œuvre semblait juste parfaite pour cette expérience visuelle et sonore. Quand au timing, je n’aurais jamais pensé que la postproduction durerait aussi longtemps et que la pandémie continuerait jusque là. C’est un peu du hasard mais pour sortir cette vidéo le jour du Printemps, nous avons choisi la bonne l’œuvre.

Comment les musiciens ont-ils réagi ?

Ils n’ont pas encore vu la vidéo à l’heure où nous parlons et j’ai hâte. Jouer un à un, cela faisait un peu audition, je n’y avais pas pensé. Certains étaient un peu stressés de jouer devant le chef d’orchestre. Évidement, j’ai rassuré tout le monde et tout le monde y a pris  du plaisir. Aussi parce que j’ai eu un moment privilégié avec chacun. Parfois, pour des parties très difficiles, j’ai dirigé certains musiciens. J’étais tout le temps en cabine avec l’ingénieur du son pour travailler comme sur un disque. Ça a été une expérience que nous n’aurions jamais pu faire s’il n’y avait pas eu le confinement.

Qu’attendez-vous de la diffusion de cette vidéo ? Et avez-vous d’autres projets dans la même veine?

J’espère que, grâce au visuel, ce projet va aussi servir à toucher un public qui n’a pas l’habitude. J’espère que ça va parler aux jeunes. La mission de ma vie c’est d’amener la musique classique aux gens qui ne la connaissent pas. Pour qui n’a jamais vu un orchestre, voir cent musiciens d’un coup sur un écran qui jouent en direct avec un procédé hyper moderne, j’espère que ce sera touchant. Et que cela leur donnera envie de voir ce qu’est un orchestre en vrai. J’aime la diversité. Si je refaisais un projet comme celui-ci, nous ferions autre chose. Nous avons appris beaucoup de ce que nous avons déjà fait. Nous sommes un peu les pionniers de cette technique. Après, un orchestre symphonique, c’est fait pour le live, le direct. C’est avec joie que je referais des vidéos de ce type dans un but artistique. Mais le plus important c’est que nous retrouvions la scène.

Visuel : © Yann Revasov

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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