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Rêver du haut du fort Liberia au Festival Pablo Casals…

Rêver du haut du fort Liberia au Festival Pablo Casals…

08 août 2021 | PAR Yaël Hirsch

Ce samedi 7 août, c’est à Villefranche-de-Conflent que se passait le cœur de la journée du Festival Pablo Casals : Jeunes talents dans l’église le matin et rêveries poétiques nées de la rencontre du Quatuor Dutilleux et de Noëmi Waysfeld sur les hauteurs ténébreuses du fort Liberia. Retour sur une journée riche en émotions… 

Chaque samedi, à Prades, un marché de producteurs anime la ville. Mais nous n’avons pas eu le temps de nous y arrêter car nous avions la chance de pouvoir nous glisser dans les répétitions de l’Orchestre du Festival avec le maître Vladimir Spivakov dans la salle du foirail. Le concert est prévu pour lundi soir, nous n’y assisterons pas, et la Nuit transfigurée d’Arnold Schönberg est au programme. Nous avons suivi les étudiants subjugués boire les paroles du maître s’exprimant dans un français très habité. Un bref moment de privilège et de grâce que d’assister à cette leçon… 

Jeunes talents à l’église de Villefranche-de-Conflent 

A 11h30, nous étions à l’église de Villefranche-de-Conflent pour y entendre deux quintettes pour piano et vents, données par des membres de l’Orchestre du Festival en solistes et encadrés par des musiciens du quintet Klarthe. Découvrant la ville fortifiée par Vauban, Plus Beau Village de France ®, patrimoine mondial de l’UNESCO et habité de commerçants alternatifs, nous nous sommes glissés dans la beauté de l’église et son immense Christ gisant pour entendre d’abord la Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur K. 452, une œuvre dont Mozart était très fier, nous ont expliqué Pierre Bleuse, le directeur du festival, et l’un des solistes. L’acoustique de l’église donnait l’aval au piano élégant de Kaoruko Nakagawa et l’énergie étonnante de l’œuvre a bien été transmise. Plus solennel, mais joué avec le même plaisir et un énergie éclatante, la quintette pour hautbois, clarinette, cor, basson et piano en mi bémol majeur op. 16, a complété ce programme qui nous a permis de découvrir de jeunes talents dans un cadre somptueux. 

Balade dans la région

Après un pizza de haute volée à la Pizzeria des Remparts (produits locaux assurés!) nous avons été surpris par la pluie et sauté dans la voiture en direction de Mont-Louis, pour découvrir avec Evol, un autre Plus Beau Village de France ®. Rattaché à la commune d’Olette, Evol arbore à flanc de montagne des bâtisses aux murs de schiste et couvertures en lauzes. C’est gris, champêtre, avec une église du 12e siècle, les restes d’un château en hauteur et un cimetière de croix en fer forgé. Une fête avait lieu à la salle communale et c’est avec liesse que nous avons repris la route pour découvrir les thermes de Saint-Thomas, bains publics et bouillonnants d’eau de soufre à 60° à flanc de montagne, avec une bâtisse gardée en son jus depuis des décennies. A noter : il y a dans la région de nombreuses piscines naturelles d’eau chaude dans la montagne, à tester en cours de randonnée…

Du temps que les poètes…  Quatuor Dutilleux X Noëmi Waysfeld

Comme Pierre Bleuse l’avait prédit, la pluie s’est arrêtée à temps pour permettre au concert de 21h d’avoir lieu dans un cadre magique : les hauteurs du fort Liberia, au-dessus de Villefranche-de-Conflent. C’est en 4X4 sur une piste plus que cabossée ou par un escalier qui grimpe en 800 marches de la ville que l’on monte vers le fort. En haut, un restaurant sert des grillades (il faut réserver) et une des meilleures poivronnades de notre vie. Et les chaises blanches sont dressées en plein air, avec vue sur toute la vallée, devant l’église du fort. C’est simplement sublime, à la fois guerrier et spirituel. Pierre Bleuse présente, comme à chaque concert, l’événement avec – si c’est possible – encore plus de chaleur et de joie que les précédents.

Une création

C’est lui qui a eu l’idée de la rencontre entre Noëmi Waysfeld et le Quatuor Dutilleux, après être tombé amoureux de la voix de la chanteuse en l’écoutant chanter Barbara à la radio. Les deux parties se sont parlé en novembre et ont lancé une création spécialement pour le Festival Pablo Casals. Après de nombreux échanges, des transcriptions d’une quinzaine de chansons pour leurs instruments quant ils s’agit de Léo Ferré ou pour la voix de la chanteuse quand il s’agit de Chausson et Ferré, et après quelques jours de répétitions intenses à Prades, le résultat est percutant. L’intuition de Pierre Bleuse était bonne : de la rencontre de deux univers naît une magnifique proposition.

Un voyage poétique

C’est donc à un voyage à travers des textes de poètes (Baudelaire, Neruda…) parfois parlés et souvent chantés (mais transcrits pour un quatuor et une chanteuse de chants populaires, alors que souvent pensés pour du piano-voix et/ou une voix lyrique) que nous sommes invités. Tout commence par un un hommage à Casals – et à Dutilleux – qui a réuni Guillaume Chilemme, Matthieu Handtschoewercker, David Gaillard et Thomas Duran et qui a inspiré le nom de Baudelaire à Noëmi Waysfeld : c’est Thomas Duran seul au violoncelle qui joue l’une des trois strophes de Dutilleux. Noëmi Waysfeld prend le relais avec un texte et nous sommes déjà emmenés le long d’un fleuve impressionniste et créatif, où plantes, animaux et sentiments viennent nourrir l’imaginaire des poètes. Trenet est au rendez-vous deux fois, avec deux transcriptions différentes de la « Maison du poète », Fauré par la voix de Noëmi Waysfeld vient à nous avec un « Chant d’automne » et un « Bord de l’eau » très accessibles, et l’on retrouve avec joie le duo Prévert et Kosma avec « Fille d’acier' ». Noëmï Waysfeld met beaucoup d’intensité et propose un très joli parler-chanté pour « Est-ce ainsi que les hommes vivent » du duo Aragon/Ferré et l’on adore la retranscription pour quatuor, banane, triangle et guitare retournée du « Serpent qui danse de Gainsbourg ».

Un moment de fête musicale

Il fait froid, notamment pour les instruments et la chanteuse perchée sur un tabouret comme dans un vrai cabaret, mais il ne pleut pas et rien n’arrête la fête des mots et des sons si parfaitement envoyés vers nous. Les transcriptions se font mutines et joueuses et toujours géniales pour les derniers morceaux, avec notamment David Gaillard au Melodica et un medley Piaf décoiffant. Les chants se déclinent chez Baudelaire et Chausson pour nous faire rejoindre la nuit. Il est un peu trop tard, le temps de descendre, pour aller écouter le Jean-Pierre Mas Quartet qui joue au Club du Château de Pams ce soir, mais tant pis! Nous redescendons l’esprit habité et vagabond, heureux d’avoir assisté à une création importante dont nous espérons bientôt avoir des nouvelles côté album et côté tournée. 

Alors que nous nous apprêtons à quitter Prades, le Festival Pablo Casals se poursuit jusqu’au 13 août avec des invités très attendus : entre autres Véronique Gens, Vladimir Spivakov, Elisabeth Leonskaja et Renaud Capuçon. Le quatuor Dutilleux et le Quintet Klarthe poursuivent leur travail avec l’Orchestre du Festival et nous nous promettons de revenir pour voir comment ce festival mythique continue à brouiller toutes les frontières et créer des rencontres musicales et humaines uniques, sous la houlette si créative et généreuse de Pierre Bleuse. 

visuels (c) YH et AS

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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