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Nicolas Bucher nous parle du Festival de Vézelay

Nicolas Bucher nous parle du Festival de Vézelay

12 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que les « Quotidiennes » ont commencé dès le 11 juillet à Vézelay avec deux concerts par jour, un à 16h devant la basilique et un à 17h à la Cité de la Voix, Nicolas Bucher nous parle aussi du Festival « Les Rencontres musicales » de Vézelay qui auront lieu cette année du 24 au 27 août.  A l’affiche de cette édition 2017 on retrouvera entre autres : l’Ensemble Aedes, le Banquet céleste dirigé par Damien Guillon, Mikrokosmos dans « la nuit dévoilée », Musica Nova dans une célébration des 500 ans du texte de Luther La dispute sur la puissance des indulgences, l’Orchestre de Dijon et Arsys Bourgogne, dirigé par le chef Mihaly Zeke. Coup de projecteur sur une programmation éclectique dans une Bourgogne magique, qui se centre sur la voix, l’expérience et la découverte de nouveaux talents…

Avant de nous parler des Rencontres Musicales d’août, pouvez-vous nous raconter qui sont les artistes mis en avant dans Les Quotidiennes de juillet ? 
Les Quotidiennes présentent de jeunes ensembles qui sont dans « l’émergence de l’émergence », comme j’aime à le dire. Il s’agit souvent d’ensembles qui sont créés depuis 2 ou 3 ans par de jeunes artistes fraîchement sortis des conservatoires et qui se lancent dans l’entreprise – exigeante – de la création et de la vie d’un ensemble. Tous ces ensembles passent par les fourches caudines d’un appel à candidatures lancé chaque année en octobre et grâce auquel nous recevons une quarantaine de candidatures dont cinq sont sélectionnés pour l’été. Le champ esthétique est large et couvre souvent toutes les époques, du Moyen-Âge à la création contemporaine.
Ce programme spécifique pour les jeunes ensembles est « historique », car on peut dire que nous avons inauguré la Cité de la Voix avec les Quotidiennes en 2012. Depuis, il irrigue effectivement la vie de la Cité de la Voix car il y a souvent des suites au parcours d’un jeune ensemble à la Cité : certains ensembles montrent dès leur première résidence un potentiel extraordinaire, au sens propre du terme, et nous les réinvitons… ou ils se réinvitent eux-mêmes ! Les Surprises, le Trio Musica Humana, l’ensemble Epsilon, Virévolte ou d’autres encore sont devenus des habitués de la maison.

Contrairement à l’image que peut avoir le Festival, Vézelay, ce n’est pas que du classique. Pouvez-vous nous parler de la programmation de jazz et de musique populaire et de la place de la voix dans le programme?
Effectivement ! Il s’agit de la Cité de la Voix et des Rencontres Musicales de Vézelay et si le festival a une image assez classique, notamment orienté vers la musique d’oratorio par exemple, il s’agit bien d’une idée préconçue, car aujourd’hui la chanson, la pop, le jazz également sont présents dans la programmation, notamment sur les concerts gratuits et permettent de donner une image large de la vocalité et des esthétiques vocales. La variété des approches permettent également de vivre une journée de festival variée et de toucher un public plus large qui, venu en curieux, se laisse embarquer pour d’autres aventures que celles qu’il avait initialement envisagées !

Peut-on dire que la question de la Nuit est au cœur de cette programmation 2017 ?
Oui, en quelque sorte. En tout cas, la tombée de la nuit, avec, à 21h, deux concerts consacrés aux Vêpres, respectivement de Hersant et de Mozart et une soirée consacrée à la nuit avec Mikrokosmos. La tombée de la nuit est toujours un moment magique, qui plus est à Vézelay, où la lumière qui se reflète sur la basilique à l’heure du concert du soir est réellement magique. Quand le public sort de la basilique, vers 23h ou 23h30, la nuit est tombée et le concert de la nuit qui suit est toujours un moment exceptionnel.

Quels sont les enjeux d’investir chaque année un monument national et religieux comme la Basilique ? Quelle influence cela a-t-il sur la programmation ? Et a-t-il été facile de programmer une soirée dédiée à Luther dans l’église de Saint-Père, lieu de culte catholique ?
Le premier enjeu est d’essayer de le remplir ! En effet, à Vézelay, nous avons peu de lieux intermédiaires : soit les lieux permettent d’accueillir 100 personnes, soit c’est 1000 personnes (je caricature un peu…). Mais, plus précisément, il est certain que la basilique de Vézelay oblige à une programmation à la hauteur de l’édifice, artistiquement parlant, bien entendu, et d’un point de vue sonore aussi : on ne va pas programmer un quatuor vocal pour 800 personnes, dans cette acoustique très belle mais pas toujours simple.
Mais le festival ne se résume pas à la basilique, et les autres églises sont également très belles : notamment celle de Saint-Père, au gothique flamboyant lumineux et à l’acoustique exceptionnelle permet de programmer des rendez-vous dont on sait que le lieu magnifiera la musique.
Le clergé est ici très accueillant et nous travaillons en bonne intelligence pour une programmation qui respecte les lieux, mais sans œillères. Les relations sont empreintes d’un grand respect mutuel.

Comment fonctionne le réseau des autres lieux des concerts autour de la basilique et la cité de la voix ?
Vézelay et sa basilique sont un site vraiment exceptionnel, mais le festival est plus riche et plus beau si l’on permet au public de découvrir ses alentours, et notamment les villages de Saint-Père et Asquins. Vous savez, Vézelay, c’est comme la tour Eiffel : si on veut l’admirer, il faut prendre du recul, et rester toute une journée à l’intérieur ne permet pas plus de l’apprécier ! Alors, on profite de la beauté de l’église de Saint-Père, de la roseraie du manoir Val en Sel, du charme des vignes et de la campagne d’Asquins, des lavoirs, du site archéologique des Fontaines Salées ou de la très belle collégiale d’Avallon et chaque soir, on revient à Vézelay pour le concert en extérieur de 18h, celui de la basilique et l’after nocturne. Le public profite ainsi vraiment de l’ensemble de ce que l’on appelle ici « le vézelien », de toutes ses beautés et de toutes ses richesses.

Qui est le public du festival Vézelay ? Les tarifs maintenus assez bas (moins de 40 euros et plusieurs concerts gratuits par jour) permettent-ils une vraie mixité ?
Les tarifs et la gratuité sont clairement des gestes politiques : la Cité de la Voix, et donc le festival, sont soutenus majoritairement par le conseil régional de Bourgogne, avec l’aide du ministère de la culture et, dans une moindre mesure, du département de l’Yonne. Ce sont ces partenaires publics qui votent les tarifs et qui les souhaitent accessibles, avec des places qui peuvent descendre jusqu’à dix euros !
Le public est très mélangé, entre les habitués et les visiteurs de passage qui en profitent pour assister à un concert entre les habitants qui résident dans les 100 kilomètres à l’entour et ceux qui viennent de très loin pour assister à leur festival préféré.
La mixité, et le renouvellement des publics, ce sont des objectifs permanents. Dire qu’on les réalise pleinement, ce serait exagérer. En revanche, dire que l’on permet à des familles et des personnes non-habitués des concerts classiques d’assister à un ou plusieurs concerts, c’est plus juste, et c’est déjà beaucoup. Les concerts gratuits, et notamment celui de 18h, à l’ombre de la basilique, sur la place des Rencontres, est vraiment le concert familial, où l’on croise les habitants de Vézelay et des environs. Enfin, les « mises en oreille » sont très prisées des fidèles ! Une centaine de personnes se presse chaque jour pour écouter Guy Gosselin ou Nicolas Dufetel présenter les concerts. Certains sont friands de ces clefs d’écoute quelques minutes avant les concerts.

Comment le festival et le travail à l’année de la cité de la voix se font-ils échos ?
De multiples façons : le festival est évidemment le point culminant de l’année à Vézelay, le moment où l’on a la plus grande densité de public en un minimum de temps.
C’est l’occasion de présenter de jeunes ensembles, souvent passés préalablement par les Quotidiennes ou l’Eté indien (le dispositif jeunes ensembles de musiques actuelles).
C’est aussi le moment de présenter des projets de création qui ont été soutenus par des résidences au sein de la Cité de la Voix à un autre moment de l’année (comme le projet de Michel Godard « un égyptien à Venise », ou le concert « Luther, 1517 »). C’est le moment de retrouver des artistes associés comme Aedes, ou d’inviter des artistes prestigieux, comme le Banquet Céleste.
C’est aussi le temps de célébrer nos compositeurs en résidence, comme Philippe Hersant et Jacques Rebotier et c’est un rendez-vous annuel avec notre ensemble maison, Arsys Bourgogne !
Avouez que cela concentre beaucoup de croisements et que le festival et l’activité au long cours de l’établissement se nourrissent mutuellement !

Dans les dernières années, quel est votre plus beau souvenir de concert à Vézelay ?
C’est toujours une question difficile ! Je crois que le concert spatialisé « 5.1 » des Cris de Paris en 2015 a été un moment très marquant.Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi l’année dernière, par Arsys Bourgogne et Mihály Zeke font également partie des beaux souvenirs des Rencontres.

Portrait : © Pierre Combier / Photo © Cité de la Voix

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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