Classique

Maisky, Argerich, Jansen : Trio divin à la Philharmonie

Maisky, Argerich, Jansen : Trio divin à la Philharmonie

08 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Ce 7 février 2018 le violoncelliste Micha Maisky avait carte blanche pour inviter ses « friends » en Salle Boulez de la Philharmonie. Et en embarquant la pianiste Martha Argerich et la violoniste Janine Jansen dans un programme riche et éclectique où Beethoven, Mendelssohn et Schumann côtoyaient Chostakovitch, il a divinement choisi. Retour sur un concert de plus de 2h30 absolument éblouissant.

[rating=5]

Amis et collègues depuis de longues années, Martha Argerich et Micha Maisky entre ensemble en scène. Elle porte une de ses mythiques jupes longues à fleur et lui une chemise un peu brillante sous ses long cheveux blanchis pour une deuxième sonate de Beethoven (1797) puissante, à leur rythme et à leur envie. Souvent Argerich regarde vers Maisky et ils semblent presque danser e semble dans le rondo. D’une plus jeune génération mais déjà monstre sacré derrière sa robe pailletée et ses cheveux blonds de poupée, la violoniste néerlandaise Janine Jansen les rejoints pour ce qui restera le coup poing de cette soirée parfaite : écrit après la mort de son ami Ivan Sollertinski en 1944 par Chostakovitch le deuxième trio pour violon, violoncelle et piano est à la fois mélancolique et grinçants. Emmenés pas ma fougue de Janine Jansen le trio nous fait voyager à corps perdu dans ce tombeau béant. Tout commence avec la solennité grave du violoncelle pour une marche lente qui semble gagner en profondeur tout au long du mouvement, puis l’allegro con brio semble un temps joyeux avant de basculer du côté du rictus génial et du ricanement. Le majestueux Largo est dominé par Martha Argerich tandis que l’Allegretto final nous emmène très loin dans une danse de mort. Le public reste longuement silencieux, avant d’applaudir ce moment où la vie et la mort ont cohabité en apesanteur.

Après l’entracte, le publique retrouve les deux musiciennes pour la Sonate pour violon et piano n°1 en la mineur (1851). Debout, intense, Janine Jenson nous plonge immédiatement dans le coeur du romantisme allemand et impériale de part en part de ce long concert, Argerich atteint la perfection dans Schumann le premier mouvement « Mit leidenschtlichen Ausdruck » (« avec une douloureuse expression ». Avec de duo magnifique, l’allegretto parle comme un livre d’images tandis que le « lebhaft » final semble envelopper mille personnages de soyeuse majesté.

En final de cette soirée impressionnante, les trois musiciens se sont retrouvés sur scène pour le fameux Trio n°1 de Mendelssohn (1839). Encore plus complices que dans la première partie Jansen et Maisky se sont répondu en échos très doux tandis que derrière eux, Martha Argerih semblait mener la danse. A l’envoûtement somnambulesque du premier mouvement a succédé la ronde douceur rêveuse et romantique de l’andante. Un passage plus léger mais tout en montée avec le Scherzo tandis que profond comme une morsure, le Finale nous laisse sur une note de puissante mélancolie.

Ovationnés, complices et très partageurs de fleurs, les trois musiciens ont offert un public un bis intense : Les Fantasiestücke op88, mouvement 2 « Duet » de Robert Schumann pour laisser le public debout et ravi à plus de deux heures trente de concert.

visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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