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[Live Report]: Waseda Symphony Orchestra Tokyo, entre tradition et modernité

[Live Report]: Waseda Symphony Orchestra Tokyo, entre tradition et modernité

18 mars 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce dimanche soir le théâtre des Champs-Elysées accueillait le Waseda University Symphony Orchestra, orchestre universitaire japonais issu de la prestigieuse université du même nom située à Tokyo.  L’orchestre donnait Strauss, Ainsi Parlait Zarathoustra, Don Juan, La danse des sept voiles de Salomé ainsi qu’une œuvre d’ Ishii Maki, Mono-prisme, pour Taiko (tambours japonais) et orchestre.

Fondé en 1913, l’orchestre universitaire compte près de 350 musiciens amateurs, imposant à chaque œuvre un changement de plateau. Remarqué par Herbert Von Karajan et dirigé par de nombreux chefs de renommée mondiale, tels Lenard Slatkin, Seiji Ozawa, l’orchestre jouit d’une popularité et d’une reconnaissance lui permettant de se produire pour la 14e fois sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe. Ce soir il nous présentait un programme ambitieux sous la direction de Kazufumi Yamashita.

Alors que l’orchestre entre sur scène sous les applaudissements de la salle, l’on ne peut que remarquer l’élégance et l’ordre irréprochable qui y règne. A peine le chef arrive-t-il qu’il lance les premières et si emblématiques premières notes d’Ainsi parlait Zarathoustra. L’attaque est précise et le timbre clair mais l’on regrette la rapidité du tempo qu’impose le maestro. Néanmoins l’on remarque l’ampleur, mais surtout l’extrême régularité dont font preuve les jeunes musiciens. On distinguera la clarté des timbres des vents comme des cordes, esthétique typiquement germanique qu’affectionnent particulièrement les japonais. Rien ne dépasse, tout est carré et tout comme la tenue de l’orchestre, réglé au millimètre près. Une rigueur à la limite de la rigidité que l’on déplorera toutefois quelque peu dans les passages les plus chantés des différentes partitions de la soirée, dans lesquels on aurait souhaité plus de liberté. Loin d’être dépourvu de force, l’orchestre sait se faire éclatant et rugissant mais semble parfois manquer un peu de précaution dans les nuances les plus faibles qu’il n’exploite pleinement. Si l’on note quelques faussetés çà et là et particulièrement dans les fins de phrases et fins d’œuvres, la qualité, la dextérité, et le raffinement de l’ensemble nous subjuguent. Les instrumentistes solistes sont solides et ne manquent aucune de leurs interventions. On remarquera également dans la rigueur la belle cohésion de l’ensemble, autant de qualités qui nous font très vite oublier les petites imperfections inhérentes à un orchestre d’étudiants amateurs qui, il faut l’admettre est de très bonne facture.

Après l’entracte place à Don Juan, dont la fougue et l’énergie dramatique nous emportera. Il en sera de même pour la Danse des sept voiles de Salomé dont la richesse des solos de bois nous ravira particulièrement. Malgré tout l’intérêt que peuvent avoir les œuvres de Strauss, la pièce la plus attendue de la soirée n’était autre que Mono-Prisme d’Ishi Maki, dont les tambours japonais – Taiko– placés sur les côtés de la scène depuis le début du concert attisent notre curiosité. Sont installés  7 petits tambours – Shime-taiko – trois gros tambours, –Nagadô-taiko– en complément du très gros –Tsuri-taiko – qui trônait déjà fièrement depuis le début de la soirée. Les instrumentistes de l’orchestre menés par le soliste Hayashi Eitetsu se placent dignement et cérémonieusement devant les plus petits tambours. L’orchestre pose le décor et assoit une atmosphère sonore inquiétante. Du silence et du néant initial qu’introduit presque imperceptiblement la percussion puis les contrebasses, né la tension par le frétillement de l’instrumentation. Fracas brutaux, tensions et distorsions, glissandos de cordes angoissants, un tableau bien sombre que nous dresse ici le Waseda Symphony Orchestra. Puis après un clash règne le silence, pour mieux laisser entrer les petits Shime-Taiko.  Hayashi Eitetsu entame alors un roulement si léger qu’on le croit un instant seul à débuter. Ce n’est que lorsque montera le crescendo que l’on se rendra compte que les sept instrumentistes menaient de concert ce roulement, prenant par la même la mesure de la précision et de la concentration de la pratique du Taiko. Le grondement des tambours monte peu à peu, l’orchestre le rejoint alors pour poser une nouvelle fois l’angoisse sur ces rythmiques à l’instinct guerrier.

L’œuvre joue sur le suspens, et ménage les abyssaux décrescendos comme pour mieux nous hypnotiser et faire monter tourments et inquiétudes. Comme pour mieux faire éclater également la frénésie et mettre en avant la fougue belliqueuse des Taikos. L’œuvre joue sur toutes les oppositions et mélange parfaitement les atmosphères, le monochromatisme des percussions japonaises et la polyphonie de l’orchestre en premier lieu, mais pas seulement. En effet, la partition associe deux langages musicaux divergents : la tradition nippone et la modernité d’une instrumentation très 20e siècle. En outre, face aux sonorités métalliques des percussions du Waseda que le compositeur met en exergue s’opposent les accents primaires et bestiaux des tambours japonais. Enfin, au décor brumeux, dégoulinant et tourmenté de l’orchestre répond l’ordre martial et la rage conquérante des Taikos. Une rage et une ferveur particulièrement impressionnante lorsqu’elle s’exerce sur les plus gros tambours, le Chu-daiko – de la taille d’un chaudron- mais surtout l’Oh-daiko, au diamètre d’1,2m qui feront littéralement trembler les murs du Théâtre des Champs-Elysées. On remarque également la chorégraphie du geste, signe d’un savoir ancestral et rigoureux, la force saisissante et surtout la synchronisation extrême dont font preuve les instrumentistes. Ainsi Mono-prisme subjugue et fascine à la fois semblant avoir un véritable pouvoir magnétique, en témoignera la standing ovation que lui réservera le public.

L’orchestre donnera deux bis, Kojo no Tsuki de Rentaro Taki, pièce nostalgique et langoureuse que porte le lietmotiv du hautbois solo, puis Rhapsodie pour orchestre de Yuzo Toyama aux accents folkloriques auquel s’associe une nouvelle fois les Taiko.

N’hésitez pas à revoir le concert sur medicis-tv:

Waseda Symphony Orchestra Tokyo: Strauss, Ishii on medici.tv.

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_des_champs-elysees

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