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[Live Report]: L’orchestre national de France éclatant sous la baguette de Leif Segerstam

[Live Report]: L’orchestre national de France éclatant sous la baguette de Leif Segerstam

01 novembre 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce jeudi soir, l’Orchestre National de France donnait Francesca da Rimini, «  fantaisie symphonique » opus 32 de Tchaïkovski, la scène finale du Capriccio, « Conversation en musique » en un acte, opus 85 de Strauss et La deuxième symphonie, en ré majeur, opus 43 de Sibelius. Sous la baguette du chef Finlandais Leif Segerstam, l’Orchestre national de France se fit brillant et puissant.

Poème symphonique composé pendant son séjour à Bayreuth pour l’inauguration du théâtre, Francesca da Rimini est inspiré du chant V de l’Enfer de  la Divine Comédie de Dante Alighieri. Dans sa descente aux enfers, Dante rencontre là où sont condamnées « les ombres charnelles ayant asservi la raison aux plaisirs des sens », les âmes de Francesca et Paolo, frère de son mari dont elle est tombée amoureuse. Il les invite à le rejoindre pour que la belle raconte ses malheurs, ceux d’une femme mal mariée qui cherche le réconfort. Pris en flagrant délit d’infidélité, elle et son amant se verront assassinés des mains du mari trompé et condamnés aux enfers. L’œuvre se présente en trois parties enchaînées, la première dramatique et ténébreuse symbolisant les enfers, la seconde légère et aérienne représentant Francesca et sa narration éperdue pour revenir vers la tempête infernale qui emporte les deux amants.

Leif Segerstam fait savamment monter le drame, s’appuyant sur les cordes et jouant avec l’ampleur pour mettre en lumière la torpeur et l’emportement. Les cordes furibondes et fulminantes déploient telles des machines à vents d’impressionnantes et tourbillonnantes bourrasques tempétueuses tandis que les cuivres furieux et cinglants martèlent la fatalité infernale. Dès le début, les couleurs et l’intensité du discours musicale nous saisissent entièrement. Après la tempête advient le calme – l’intervention de Francesca –  amené par un long, serein et délicat solo de clarinette qui ce soir se faisait aérien, moelleux, et plein de finesse. Un esprit parfaitement repris par les cordes et les bois par la suite, qui exaltent la tendresse. Ainsi l’on semble voguer calmement, doucereusement et magiquement aux enfers. Le retour de la tempête sera fracas magistral avec des cuivres explosifs et des cordes enflammées, qui sublimeront la violence. Une interprétation d’une grande intensité pour débuter la soirée.

Changement de plateau, et place à la scène finale du Capriccio de Strauss. L’œuvre débute en douceur portée par un solo de cor feutré, intimiste, moelleux et chaleureux à souhait. Entre alors sur scène la soprano Orla Boylan, que l’on avait pu entendre quelques semaines plus tôt en miss Wingrave, dans Owen Wingrave  à l’opéra National de Lorraine. L’orchestre se pose derrière elle afin de laisser le monologue de la jeune femme emplir pleinement la salle. De ses subtiles nuances elle capte l’attention du spectateur, de son vibrato ample elle accentue le lyrisme de la pièce. Sa sensibilité exprimée dans les moments les plus doux de la rêverie amoureuse crée de véritables instants suspendus. Très imprégnée, elle s’amuse avec agilité des chromatismes  et rebondissements de la partition et donne à sa prestation une dimension intimiste charmante. A la fin de son chant, le cor reprend son thème initial et tout s’évapore.

Après l’entracte place à la Deuxième Symphonie, en ré majeur, opus 43 du compositeur finlandais Sibelius. Une œuvre très attendue, tout d’abord parce que Sibelius reste encore trop rare sur les scènes, mais surtout parce que Leif Segerstam, finlandais lui aussi, détenteur de la médaille Sibelius et professeur à l’académie du même nom entre autre, apparaît de ce fait comme le maestro idéal à ce répertoire. Aucun pupitres, aucun instruments n’est, dans cette symphonie épargné, chacun a, à un moment ou à un autre quart d’heure de lumière dans la partition.

Dès les premières notes, l’on sent que le chef souhaite par la gestion des nuances, d’autant plus faire briller pleinement les instruments. Il pose les violons et accentue les effets de soufflets, pour mieux faire entendre le pointillisme du hautbois et le volettement de la flûte. Minutie et précaution sont ainsi de rigueur pour faire vivre dans l’entièreté de l’orchestre les timbres indépendamment les uns des autres. Ainsi, le côté pastorale et populaire du premier mouvement transparait clairement grâce aux bois, de même que sa transformation tempétueuse portée par les cuivres solennels et décidés.  Du premier au dernier mouvement Leif Segerstam s’évertuera à mettre en avant toute la contrariété dont peut être emplie la symphonie, il s’évertuera à peindre un tableau, une aventure, avec tous ses contrastes, ses effets de couleurs, et nous embarquera de fait dans sa narration. En témoigne l’excellent second mouvement avec un roulement de timbale pianississimo, des contrebasses avançant à pas de velours contrastant avec le surgissement du basson, grave, magiquement sombre que viendra accentuer la reprise du hautbois. Un mouvement au suspens, au mysticisme hypnotique saisissant, qu’appuient le traitement du silence et l’attention portée à chacun des thèmes. Du troisième l’on retiendra le bourdonnement effrayant des cordes qui déploieront une énergie et une cohésion remarquable, la force titanesque de cuivres, la douceur langoureuse et réconfortante des bois. Au dernier mouvement la lumière majestueuse et victorieuse du dernier, la liesse collective rayonne à outrance et emplie chaque recoins de la salle.

Nul doute que Sibelius est pleinement ancré en Leif Segerstam qui se soir a su tirer le meilleur de l’Orchestre national de France pour donner une exécution sublime, parfaite de bout en bout. Alors que résonne les dernières notes, comme porté par l’intensité du discours le public réservera à l’orchestre mais surtout au chef une immense et sincère ovation, peuplée de cries et de bravos, et n’en finira plus de rappeler énergiquement et triomphalement le maestro.

Allez plus loin et écoutez le concert en cliquant ICI

Visuel: Leif Segerstam – © site théâtre des champs-elysées

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