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[Live Report] Alisa Weilerstein, Emmanuel Krivine et l’orchestre de Paris, sensibles et lumineux

[Live Report] Alisa Weilerstein, Emmanuel Krivine et l’orchestre de Paris, sensibles et lumineux

18 mai 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce mercredi, l’orchestre de Paris donnait le concerto pour violoncelle en si mineur, op 104 accompagnant la jeune Alisa Weilerstein, ainsi que la Symphonie n°1 en ut mineur, op 68 de Brahms, le tout sous la baguette d’Emmanuel Krivine. Subtilité, retrouvailles, et cohésion étaient à l’honneur.

C’est peu après l’écriture de la Symphonie du nouveau monde que Dvorak, poussé par son ami le violoncelliste tchèque, Hanus Wihan, et surtout après avoir entendu le Concerto pour violoncelle n°2 de Victor Herbert, compose son concerto pour violoncelle. S’il fut écrit sur le sol américain, c’est à Londres en mars 1886 sous la baguette du compositeur lui-même, ainsi que sous les doigts de Léo Stern et de l’Orchestre de la London Philharmonic Society, qu’il fut créé.

Aussi expressif que virtuose, sa construction fait autant honneur au soliste qu’à l’orchestre, en témoigne la longue introduction orchestrale, aussi onirique que tourmentée, romantique que fougueuse. Une introduction ou l’orchestre déploie toutes ses couleurs en quelques notes, appelant un violoncelle qui tarde à entrer. Une introduction entre union et confrontation, à la fois pesante, haletante, extrêmement sensible et lyrique, oscillant entre sonorités majeures et mineures, qu’Emmanuel Krivine a su magnifier par l’équilibre des nuances comme de la mesure. Dès son entrée, le violoncelle installe sa domination et se pose en maître sur l’orchestre, impétueux, sauvage, rugueux. Alisa Weilerstein démontre sa virtuosité et se veut passionnée, elle affronte les thèmes et arrache les cordes faisant monter la pression, pour mieux établir le contraste avec l’instant de redoux qui suit : attendrissement et épanchement séducteur, comme si la belle et son violoncelle se prenaient à faire la cour à l’orchestre. Mais le calme ne dure pas et la violoncelliste redevient tempétueuse exacerbant le dramatisme de la partition. Une partition contrastée, un premier mouvement intense  que l’union entre la soliste et l’orchestre ne manqua pas d’exalter, faisant de fait particulièrement ressortir les sonorités d’Europe de l’est, mettant ainsi en valeur la nostalgie de l’exil inhérente au concerto. Les bois introduisent le second mouvement et posent la tendresse et la douceur nécessaire au lyrisme de la partition de violoncelle. Un Adagio qui nous permettra d’apprécier toute la sensibilité du jeu Alisa Weilerstein. Particulièrement émouvante, elle nous happe littéralement nous faisant encore plus entrevoir cette sensibilité que l’on supposait déjà au premier mouvement ainsi que le large éventail de couleur qu’elle possède. Le troisième mouvement, marche aussi énergique qu’ordonnée grâce à la baguette enthousiaste d’Emmanuel Krivine qui, pour donner d’autant plus de mouvement exagérera les nuances, sera l’apogée. La fronde s’empare de tout l’orchestre et emporte par la même le spectateur par ailleurs étourdit par le violoncelle. Une prestation divine et d’une grande maturité largement saluée par le public comme par les musiciens manifestement ravis d’avoir accompagné la musicienne.

En deuxième partie de concert était donnée la Symphonie n°1 de Brahms que nous avions déjà eu le privilège d’entendre il y a peu au théâtre des Champs Elysées par l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Imposante, puissante, vigoureuse, et robuste elle est l’héritière des œuvres Beethoveniennes. Tout l’enjeu est de réussir à garantir force et ampleur sans la rendre lourde et pesante si l’on veut à la fois faire ressortir l’expression tourmentée et mélancolique des deux premiers mouvements, comme la lumière et l’intensité des derniers. Emmanuel Krivine choisi un tempo soutenu pour le premier mouvement et se prémuni ainsi de le rendre trop douloureux où accablant. A contrario il modère le jeu de nuance comme pour mieux marquer la progression globale de l’œuvre et la résolution finale de la symphonie. Au second mouvement, mélancolique à souhait, le moelleux et la solennité dominent, portés par la rondeur et la douceur du timbre des bois. On regrettera néanmoins cette fois un tempo peut être un peu trop lent, si bien que l’Andante Sostenuto nous paraîtra trop s’étendre. Une impression très vite chassée par le troisième puis quatrième mouvement. En totale osmose et cohésion avec ses musiciens, il les emporte par sa précision et son exaltation, sur le chemin brillant que trace Brahms. De la clarté du geste et de la vision du maestro ressort l’héritage Beethovenien, à tel point que l’on entrevoit très nettement l’hymne à la joie issu de la 9e Symphonie dont Brahms s’est inspiré. Une superbe prestation largement saluée par le public de la philharmonie comme par les musiciens, applaudissant copieusement Emmanuel Krivine. Celui-ci remerciera chaleureusement l’auditoire de quelques mots, exprimant par la même la joie de retrouver les musiciens de l’orchestre de paris qu’il n’avait pas dirigé depuis 15 ans.

Infos pratiques

Musée National Gustave Moreau
Opéra National du Rhin
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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