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[Live Report] Leonidas Kavakos et l’orchestre philharmonique de Vienne

[Live Report] Leonidas Kavakos et l’orchestre philharmonique de Vienne

20 avril 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Cette semaine l’Orchestre Philharmonique de Vienne était présent dans la capitale pour deux soirées entièrement dédiées à Brahms. Ce mercredi, il accompagnait le violoniste Leonidas Kavakos dans le Concerto en Ré majeur puis interprétait la Symphonie n°1, le tout sous la direction de Christoph Eschenbach.

Réputé pour être l’un des concertos les plus difficiles du répertoire, l’œuvre comporte de nombreux obstacles comme des passages en triples cordes, une extrême diversité expressive, l’instrument passant pour exemple du thème le plus sensible au plus sauvage, bondissant, voire même rugissant, en un clin d’œil. Sauts d’octaves, arpèges énergiques, Brahms qui avait écrit cette œuvre pour son ami virtuose Joseph Joachim, y explore toutes les possibilités et couleurs du violon. Pour faire sonner cette œuvre gigantesque à sa juste mesure ce soir, le virtuose grec Leonidas Kavakos qui a déjà collaboré de nombreuses fois avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne, et son Stradivarius de 1724.

Dans une longue et solennelle introduction, l’orchestre présente deux des trois thèmes principaux. Si la brillance et l’ampleur des pupitres de cordes ressortent indubitablement, on regrette néanmoins de constater qu’elle masque parfois un peu trop les pupitres de bois. Le violoniste Léonidas Kavakos entre dans une cadence qui présentera l’entièreté des caractères inhérents à l’œuvre puisque l’instrumentiste passe en une minute à peine, de la rugosité féroce des doubles cordes durement frottées, à la tendresse et à la délicatesse d’aigus brillants et délicats. Ainsi, passe-t-on de la hargne la plus passionnée, à la romance la plus cérémonieuse et affirmée. L’orchestre reprend parfaitement sa suite et l’on aperçoit ainsi autant la brillance Mozartienne que l’ampleur Beethovenienne  de l’œuvre. Si la virtuosité, la sensibilité de son phrasé et la sobriété émotionnelle de son interprétation retiennent l’attention et maintiennent le suspens, on remarque néanmoins un manque de précision quant à la justesse des notes les plus aigües. L’artiste prendra d’ailleurs le temps de réaccorder son instrument avant d’entamer le second mouvement. Celui-ci débute par un prélude qu’interprètent les vents et où le hautbois expose langoureusement le thème. Un trait d’orchestre réputé particulièrement ardu tant par la sensibilité de la justesse que par la longueur des phrases. Une difficulté accentuée par le  tempo particulièrement nonchalant que choisi de prendre Christoph Eschenbach qui  permettra de faire ressortir toute la tendresse et le moelleux du timbre du soliste qui de fait développera son pouvoir d’attraction. Le départ du troisième mouvement sera tonitruant et Léonidas Kavakos emmènera dans sa folle fête Tzigane tout l’orchestre. Caractère et énergie sont au rendez-vous pour clôturer en beauté cette première partie de concert. La salle conquise, ovationnera largement orchestre et soliste qui nous gratifiera de fait de deux bis.

La deuxième partie de soirée donnait à entendre la Symphonie n°1. Si l’on remarquait un déséquilibre des nuances et des forces dans la première partie, l’orchestre affichait dans cette seconde œuvre une homogénéité et une harmonie incomparable. Christoph Eschenbach fait preuve d’une vivacité et d’un engagement extraordinaire poussant de ce fait ses musiciens à leur maximum. Ainsi, les timbres s’épanouissent pleinement et les thèmes semblent se détacher avec un naturel que l’on avait jusqu’alors qu’entraperçu. Au deuxième mouvement le chef recherchera particulièrement la rondeur, le velouté et l’onctuosité au prix parfois de certaines lourdeurs. Le troisième mouvement alternera savamment les caractères, tantôt précautionneux, solennel et auguste, tantôt rugissant, véloce et ardent, il se clôturera dans l’intensité passionnée et  vibrante. Une exaltation retentissante qui déchaînera les applaudissements de la salle conquise par cette interprétation qui si elle semblait parfois manquer de naturel n’était clairement pas dépourvue de caractère, de dynamisme et d’audace. Le public ne cessant de battre le rappel réclame un bis. Ce sera l’incontournable Danse Hongroise n°1, bis que tout orchestre interprétant Brahms affectionne spécialement. L’enthousiasme débordant de la symphonie demeurera ainsi pour terminer la soirée en explosion festive.

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