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La Philharmonie de Paris n’a pas perdu le Nord

La Philharmonie de Paris n’a pas perdu le Nord

09 octobre 2017 | PAR Alexis Duval

Avec un programme Nielsen-Bjarnason-Prokofiev-Rachmaninov dirigé par le chef Osmo Vänskä, certaines des plus belles compositions septentrionales étaient à l’honneur à Paris, mercredi 4 et jeudi 5 octobre.

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Dans les pays du Nord de l’Europe, la lumière est d’autant plus douce et précieuse qu’elle est rare la moitié de l’année. Mercredi 4 et jeudi 5 octobre, la Philharmonie de Paris a rayonné de tout son éclat grâce au chef finlandais Osmo Vänskä, qui a brillamment dirigé l’Orchestre de Paris. Ne vous fiez en aucun cas à sa silhouette. Sous ses allures de paisible sexagénaire se cache une vivacité, une agilité et une passion à faire pâlir de jalousie la vigueur de la jeune génération. Quel choix judicieux de lui avoir confié une programmation autour de la lumière où se sont enchaînés les compositeurs septentrionaux !

Vingt-quatre heures de la vie d’un astre. Voilà qui pourrait être le sous-titre de cette Ouverture Hélios du Danois Carl Nielsen (1865-1931). Courte, l’oeuvre, écrite en 1903, « décrit le mouvement du soleil dans le ciel du matin au soir », s’est contenté d’expliquer le compositeur. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle du Britannique Gustav Holst qui, quelques années plus tard, a livré son interprétation astrologique du système solaire avec son envoûtante suite orchestrale Les Planètes. Il y a en tout cas quelque chose de simple et d’accessible dans cette Ouverture de Nielsen. Un éclat qu’a parfaitement su faire ressortir le chef finlandais Oslo Vänskä, qui dirigeait l’Orchestre de Paris.

Place ensuite à une oeuvre éminemment plus hermétique, le Concerto pour violon de Daniel Bjarnason. La suggestion de l’astre solaire est ici moins criante, même si on peut trouver une dimension… caniculaire. Né en 1979, le jeune compositeur islandais a produit en 2017 cette pièce en un mouvement dont c’était la création française, mercredi 4 octobre. Détail étonnant : Osmo Vänskä, qui rejouait le lendemain avec l’Orchestre de Paris, n’a pas remis cette nouveauté au programme du 5. A la place, l’auditoire de la Philharmonie a eu le droit à l’élégant Concerto numéro 1 de Prokofiev.

Privilège

Mais à l’écoute de la composition singulière de Bjarnason, son immense difficulté technique et sa grande complexité d’écoute, on se rend compte du privilège que l’on a eu d’avoir assisté à ce moment. Et pour cause : le premier violon, le jeune Finlandais Pekka Kuusisto a eu une influence considérable sur la création de l’oeuvre elle-même. C’est lui qui a suggéré au compositeur d’utiliser la technique de la scordatura, qui consiste dans le fait d’accorder son instrument dans un accord différent de celui qui lui est normalement consacré. Ce qui provoque, entre autres choses, des effets de dissonance et crissements. Accompagné de l’orchestre, l’interprète a réussi un tour de force : jouer de manière juste des sons qu’on qualifierait habituellement de faux mais qui figurent sur la partition et s’apprécient dans toute leur étrangeté. Une prouesse que le public a salué avec des applaudissements aussi chaleureux qu’admiratifs.

Le programme des deux soirées se terminait sur la Symphonie n°2 de Sergei Rachmaninov. Ce qui constitue à coup sûr une des oeuvres les plus accomplies et les plus amples du compositeur russe a été un ravissement pour les sens d’autant plus appréciable qu’il était précédé des dissonances de Bjarnason. D’une grande richesse mélodique, l’oeuvre a été conçue en 1906-1907 à Dresde et jouée pour la première fois en 1909 à Moscou. Dense, nourrie, passionnée, élégiaque, cette symphonie a été exécutée à la perfection par l’Orchestre de Paris le temps d’une heure fascinante de bout en bout.

Photo : Alexis Duval

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Alexis Duval

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