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Don Giovanni épuré et ludique à Nancy

Don Giovanni épuré et ludique à Nancy

09 octobre 2017 | PAR La Rédaction

Créé cet été au festival d’Aix-en-Provence, le Don Giovanni réglé par Jean-François Sivadier, en tournée, fait étape à Nancy, à l’Opéra National de Lorraine, pour l’ouverture de la saison lorraine. On y reconnaît la pâte du metteur en scène français, habile à faire surgir le théâtre à partir de quelques accessoires. Un spectacle agréable qui propose une conclusion originale.

[rating=4]

Dans ce qu’il est d’usage d’appeler la Trilogie Da Ponte, Don Giovanni n’est pas le plus aisé à réussir. Entre l’évidence de la comédie sociale que sont les Noces de Figaro et l’expérience quasi abstraite de Così fan tutte, la fable des aventures du « trompeur de Séville » constitue souvent une pierre d’achoppement pour des propositions gourmandes d’adaptations ou de relectures plus ou moins sociologiques – on se souvient de La Défense importée à la Bastille par Michael Haneke ou le soap de Tcherniakov à Aix il y a quelques années -, pour ne pas risquer une énième illustration qui rendrait superflue la dépense d’une nouvelle production.
Avec son vocabulaire scénographique personnel et économe, héritier de Peter Brook, Jean-Francois Sivadier ne cherche pas à donner une impossible consistance réaliste aux personnages, et poursuit, à la suite du séducteur, la magie sans cesse renouvelée de l’artifice théâtral. Ici, un drap blanc pour suggérer l’espace de l’action, la fête ou le repas avec la statue, là, une ampoule en verre de Murano derrière une toile pour suggérer la poésie nocturne de la lune, plus loin, un rideau en paillettes dorées redoublant le théâtre dans le théâtre : les scènes et séquences s’enchaînent avec une évidente fluidité que d’aucuns jugeront un peu labile, sensible aux ressources comiques du texte, mais qui n’interdisent pas un coup d’œil d’autant plus efficace parce que discret sur sa modernité. La rébellion de Zerlina face au harcèlement de Don Giovanni vaut bien des militantismes pour prendre le parti des femmes – et dément, parmi d’autres exemples, la réputation misogyne du genre lyrique que l’on veut accroire.
Si le Commandeur, cigarette au bec, n’a guère les attributs du surnaturel, le finale confond le sacrifice de Don Giovanni avec celui du Christ, dans une imagerie apparentée au martyre de Saint-Sébastien : le séducteur se dénude jusqu’au caleçon pour s’offrir à la justice des Enfers façon convergence de spots lumineux cliniques. Sans être nouvelle, l’idée d’un bouc émissaire expiatoire transpose ici avec originalité la question divine et religieuse au coeur de la figure de l’anti-héros. Stimulant, mais on reste un peu sur sa faim.
Dans le rôle-titre, Andrè Schuen irradie d’une jeunesse en pleine possession de ses moyens vocaux, et résume littéralement la fascination que peut exercer le personnage. Le Leporello de Nahuel di Pierro a le même âge que son maître, et affirme une maîtrise certaine, un peu plus contenue cependant que dans d’autres incarnations récentes. Kiandra Howarth ne néglige pas les tourments d’Anna, quand Yolanda Auyanet s’investit sans réserve dans la quête éperdue d’Elvira, presque le double féminin de Giovanni. Francesca Aspromonte séduit en Zerlina, aux côtés du Masetto rustaud de Levente Páll. David Leigh assume les interventions du Cimmandeur, et Julien Behr s’acquitte de celles d’Ottavio. Sans oublier les choeurs, on saluera la direction de Rani Calderon, qui s’attache à faire ressortir les potentialités expressives des pupitres de la fosse.

Don Giovanni, Mozart, mise en scène : Jean-François Sivadier, Nancy, du 29 septembre au 10 otobre 2017

Par Gilles Charlassier

visuels (c) Opéra National de Lorraine

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