Classique

Cycle Musique de Nuit à l’Auditorium du Louvre

Cycle Musique de Nuit à l’Auditorium du Louvre

14 février 2018 | PAR Victoria Okada

La programmation musicale de l’Auditorium du Louvre propose, depuis la saison dernière, un parcours thématique en rapport avec les œuvres exposées dans les salles. Du mois de janvier jusqu’à la fin mars, nous assistons à des concerts sous le thème de « Musique de nuit ».

Un grand choix de sérénades
La Vierge aux rochers et Saint Jean Baptiste de Léonard de Vinci, La Madeleine à la veilleuse et L’Adoration des bergers parmi les Georges de la Tour, L’Hiver ou Le Déluge de Nicolas Poussin, ou encore Port de mer au soleil couchant de Claude Le Lorrain… Les galeries des Peintures françaises et italiennes — du 2e étage de l’Aile Richelieu jusqu’aux grandes salles rouges de l’Aile Denon (consacrées aux grands formats du XIXe siècle français), en passant par la Grande Galerie — regorgent d’images nocturnes où règnent tantôt la paix et le silence, tantôt l’inquiétude et l’horreur. La musique est elle aussi remplie d’imaginaires de nuit : les leçons de ténèbres, les sérénades, les nocturnes, les rêveries… pour piano, ensemble instrumental, chœur, chant et bien d’autres formations. Ainsi, l’Auditorium du Louvre nous propose quelques regards croisés à des styles et des tons divers et variés, dans un voyage intérieur que chacun poursuit à sa façon.
Les deux concerts auxquels nous avons assisté, le jeudi 8 et le samedi 10 février, présentent un choix de sérénades composées par Bach/Mozart, Beethoven, mais aussi par le compositeur hongrois Ernó Dohnányi (1877-1960).

Le trio Petrova-La Marca-Pascal sous le signe de grâce et d’élégance
La violoniste Liya Petrova, l’altiste Adrien La Marca et le violoncelliste Aurélien Pascal sont chacun l’un(e) des meilleurs de cette jeune génération des interprètes nés autour de 1990. Le trio qu’ils forment ensemble se caractérise par une harmonie et un dynamisme. Ils commencent ce concert de midi trente, le 8 février, par Adagio en mi bémol majeur et Fugue en ut mineur, extraits des Six Préludes et Fugues K 404a de Mozart. Lorsqu’il découvre des œuvres de Bach dans la bibliothèque du baron van Swieten, à Vienne, le jeune compositeur, qui a déjà un métier solide, en copie et transcrit, avant de les assimiler complètement. Il s’agit ici d’une transcription des deux derniers mouvements de la Sonate en trio pour orgue BWV 526. Nos trois musiciens tracent chaque ligne de contrepoint avec grande clarté, jusqu’à conférer à cette construction rigoureuse grâce et élégance. Les instruments (violon et alto de Bergonzi de Crémone du XVIIIe siècle ; violoncelle français de Charles-Adolphe Gand de 1850), particulièrement sonores, créent une résonance épanouie, sans qu’elle ne soit jamais envahissante. Puis, changement de style et d’atmosphère avec dans le Sérénade de Dohnányi, composé en 1902. Une autre œuvre de jeunesse (le dixième opus dans son catalogue) — caractérisée par un lyrisme postromantique mais aussi par des références stylistiques classiques comme fugue, thème et variations ou marche — va parfaitement à Petrova-La Marca-Pascal qui ont à peu près le même âge que le compositeur lors de son écriture. Elan juvénile, rêverie, virtuosité énergique, enjouement… Des expressions ne tarissent pas et leurs archets engendrent des sons de plus en plus pleins et symbiotiques. Enfin, la Sérénade pour trio à cordes en ré majeur op. 8, que Beethoven a écrite à 25 ans, est l’une des premières partitions instrumentales publiées du compositeur. L’alternance rapide-lent ou vif-calme en sept mouvements est bien rendue par un jeu de douze cordes (quatre pour chaque instrument), dans une musique profondément joyeuse dans une interprétation inspirée, où règne constamment une humeur joviale. À ce plaisir s’ajoute toujours et encore de belles sonorités élégantes, même dans des moments agités et graves.

Œuvres de Mozart avec des cordes en boyau et des cors naturels
Dans l’après-midi du samedi 10 février, deux pièces de Mozart figurent dans le programme. La célèbre Petite Musique de Nuit, qui est une sérénade, et une œuvre injustement méconnue, Divertimento pour quatuor à cordes et deux cors en fa majeur K247, dite « Nocturne de Lodron ». Le Quatuor Cambini-Paris, rompu à des répertoires classiques et des premiers romantiques, joue sur des instruments avec des cordes en boyau et des archets propres à chaque époque. Il est rejoint par le contrebassiste Christian Staude, et offre un univers sonore « organique » où des imperfections ont tout un charme. Ces « défauts » selon le point de vue actuel de la propreté interprétative, sont pourtant produits naturellement par du boyau et constituaient pendant longtemps une partie intégrante de la musique. On imagine facilement que Mozart avait lui aussi connu cela, même quotidiennement… Il en va de même pour les cors naturels (sans piston), soufflés par Takenori Nemoto et Camille Lebrequier ; La manière de produire le son est différente selon les notes, ce qui donne, pour nos oreilles habituées aux instruments modernes, une impression de fausses notes. Ce concert a donc dévoilé ce côté « historique » de Mozart avec des sonorités agréables et apaisantes, grâce aux musiciens de haute volée dont l’entente heureuse était, cette fois encore, au grand rendez-vous. Ce bonheur est prolongé avec le premier Menuet de la Sérénade avec cors en ré majeur du même compositeur, donné en bis ; le plaisir a été partagé avec un nombre assez important d’enfants accompagnés de jeunes parents.

La série « Musique de nuit » se poursuit jusqu’au 29 mars.

Photo : Louvre © Victoria Okada ; Auérlien Pascal @ Shumpei Ohsugi ; Adrien La Marca © Bernard Martinez ; Liya Petrova © D.R. ; Quatuor Cambini-Paris © Franck Juery

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

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