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Le Crazy Week-end de la Biennale Musiques en scène 2018 ouvre sur un programme éclectique à l’Auditorium de Lyon

Le Crazy Week-end de la Biennale Musiques en scène 2018 ouvre sur un programme éclectique à l’Auditorium de Lyon

03 mars 2018 | PAR Yaël Hirsch

Cette année 2018 la Biennale Musiques en scène initiée par Grame (Groupe national de création musicale) s’est donnée pour thème « Etat(s) Limite(s) ». Au coeur de cet événement de création qui s’étend sur un mois, le « crazy week-end » a commencé ce vendredi 2 mars par une création du compositeur invité de cette édition : Michael Levinas.

Avec quatre harpes sur scènes, l’Orchestre National de Lyon (avec une présence marquée des cordes), le chef d’orchestre Baldur Brönninmann, Psaume, (Frescobaldi in Memoriam II ) commandé a Michael Levinas pour cette ouverture renoue avec la scordatura développée à la Renaissance, travaille la question de l’ornementation et réfléchit après Giralamo Frescobaldi (1583-1643) sur les ellipses et les réapparitions de la mélodie. Le compositeur italien a en effet poussé les dissonances et les retards jusqu’à l’expérimentation. Ce faisant, la pièce fait écho à La Passion selon Marc, une autre création récente de Michaël Levinas qu’on a entendue à l’ouverture du Festival Musica en 2017 (lire notre article) pour nous livrer les fantômes très hantants d’une mélodie que l’on croyait perdue dans la deuxième moitié du 20ème siècle. Alors que le début fait grincer les cordes, des cloches jouent l’enfance, le souffle rauque des vents s’organise et petit à petit une harmonie et presque une chanson douce apparaissent sous le couperet des archets qui tombent sur les cordes de violoncelle. Le silence se fait souffle jusqu’à un final qui se meurt lentement par absence de son. Un tour de magie qui a mis le public en lévitation et en joie pour applaudir Michaël Levinas et l’Orchestre.

Dans cette première partie de concert très contrastée, c’est toujours à mains nues que le chef Baldur Brönninmann dirige une version subtile et studieuse de l’Ouverture du Don Giovanni De Mozart qui semble une petite halte de familier avant de replonger dans les ondes de la création.

En effet, pour la troisième et dernière pièce de cette première partie, Brönninmann s’écarte brusquement de la scène pour marquer le début du Riot Of spring (littéralement « l’émeute du Printemps », que Theodor Currentzis avait lancé au violon à sa création), un morceau de 2013 de Dmitri à Kourliandski (né en 1976). La pièce commence comme un bourdonnement qui semble grimper au fur et à mesure que le chef approche les groupes de musiciens… Tout d’un coup il se retourne vers la salle qu’il incorpore dans sa direction d’orchestre et la basse électro se met à sortir des hauts parleurs. C’est alors que le ballet commence : touchés par le chef, les solistes sortent de scène et remontent dans le public. Déambulants, ils interagissent avec lui et font même jouer certains spectateurs. La bande son electro assure un continuum tandis que le bourdonnement se répand et que la scène se vide. C’est provoquant, c’est drôle et le public acclame la pièce avec rire et jouissance.

Après un entracte de 20 minutes (le timing sur un écran apparaît au-dessus du bar!) la deuxième partie du concert d’ouverture est plus « classique », puisqu’il s’agit de la pièce pour voix et orchestre de Poulenc et Cocteau que l’on retrouvera ce mois de mars à l’Opéra de Paris : La Voix humaine. Dans le rôle de la femme amoureuse, pendue au téléphone, pas très différemment de nous aujourd’hui (il est vrai que les textos auraient été plus durs à orchestrer que la conversation intime et jalouse), Karen Vourc’h excelle avec son timbre rond, son phrasé d’une clarté parfaite et ses extraordinaires qualités de comediennes. Lascive et tendre, elle passe du canapé au devant de la scène dans un mouvement fluide de robe tube noire et de long gilet rouge qui viennent encore envelopper les montées troublante de sa voix et la matière riche parfaitement maîtrisée par l’orchestre. Une très belle version de la pièce qui augure du meilleur pour ce Crzay week-end que nous suivons jusqu’à dimanche 4 mars 2018.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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