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[Toute La Culture du Clip] Flavien Berger, Veronique Vincent et Aksak Maboul – Je pleure tout le temps

[Toute La Culture du Clip] Flavien Berger, Veronique Vincent et Aksak Maboul – Je pleure tout le temps

11 juin 2016 | PAR Antoine Couder

Futur antérieur

Ce n’est pas l’avenir d’une illusion mais c’est un peu le passé du futur, quelque chose qui ne tient pas forcément la promesse de l’indicatif parce qu’avec le futur antérieur on entre dans quelque chose qui n’est pas tout à fait mort mais plus vraiment agissant. C’est un autre monde, le point de rencontre entre les morts et les vivants. Flavien Berger y est très à l’aise et le joue un peu  crooner pour redire qu’on se déplace ici sur la pointe des pieds. On ouvre la boîte noire d’Aksak Maboul c’est-à-dire toute l’histoire des années 80, entre no-wave et post-rock, là où passaient la world music et ce qui restait du rock. Nirvana n’existait pas, la musique « indie » n’existait pas, Tatayet – la marionnette- vivait cette folle tragédie de ne pas être humain mais de combler ce vide de l’être par ce langage de l’autre. Il n’y avait pas plus post-punk si l’on n’y pense bien. Sans doute ce que l’on appelle le génie Belge.
Voici aujourd’hui son ventriloque Michel Dejeneffe honorer la maison Crammed records et tout particulièrement Véronique Vincent qui fut « la » chanteuse post-punk, celle qui avant tout le monde chantait très sérieusement en français avec Yvon Vromman et Marc Hollander, le fondateur du label. Véronique a chanté « Histoire à suivre », elle a chanté « Décollage » qu’on vous laisse découvrir; seul(e)s mais ce n’était pas encore ça. Ça, c’était d’abord Yvon et ses trucs de zazou situ, toujours prêt à mettre du funk dans le punk, à réécrire Trenet (Nationale 7) et Sheila (l’heure de la sortie). Un type génial et, sans doute insupportable, qu’il a fallu suivre puis enterrer et à qui il a fallu survivre.
Aksak Maboul, plus cérébral sans doute, beaucoup plus ancré sur la musique minimaliste, la reconsidération de la tonalité est finalement revenu aux affaires avec un disque pourtant enregistré dans ce début des années 80 et finalement publié en 2014 dans cette idée de futur antérieur. Un disque unique qui sort radicalement du paradigme de la nouveauté et qui « aurait été  » si le passé n’était pas déjà devant lui.
Et deux ans plus tard, pourtant, c’est déjà la cover, si ce n’est pas trop parodique de parler ainsi dans ce qui reste une grammaire punk de l’instant présent. Intéressant de voir cette « mobilisation » autour d’une chanson dont le duo Hollander/Vincent se sent cette fois totalement partie prenante et dont on se surprend à comprendre presque instinctivement l’intégrité qui sommeille derrière les vraies fausses nouveautés : le drone qui a permis de tourner les images du clip, le DJ à la mode qui « reprend » Véronique avec une pudeur ultra-classieuse et Michel Dejeneffe en dandy qui porte toute la maison des morts. Intéressant encore de suivre le « double effacement de Véronique » dont la voix disparaît ici comme son âme disparaissait derrière celle d’Yvon avec les Tueurs et qui sans doute joue en coulisses une autre partition… . Le mystère reste encore entier et, pour l’instant, c’est Flavien Berger qui en est l’ange gardien.

Flavien Berger, Veronique Vincent et Aksak Maboul – Je pleure tout le temps
Réalisé par Robin Lachenal (Kidam production)

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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