Livres

Un Qatari à l’assaut de Manhattan

23 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Premier roman à succès du jeune journaliste américain Teddy Wayne, « Kapitoil » raconte l’ascension fulgurante d’un informaticien débarquant de Doha pour percer à Manhattan. Mais pas à n’importe quel prix! Disponible dès le 2 septembre chez Liana Levi.

Karim prend pour la première fois l’avion depuis la ville où il a grandi et laisse sa jeune sœur et son père veuf derrière lui. Il se rend à New-York, où l’attend un poste dans la firme multinationale Schrub. Inséré dans une équipe chargée d’anticiper le bug de l’an 2 000, Karim a du mal à comprendre l’humour gras de ses deux collègues masculins. Quant à l’élément féminin du groupe, Rebecca, elle semble faire ce travail par dépit. Chaque jour, Karim enregistre les conversations qu’il peut avoir et prend des notes pour améliorer le vocabulaire de son Anglais à la grammaire déjà parfaite. Le dépaysement et la solitude ne lui pèsent pas trop, car il a son propre projet :  le programme Kapitoil, capable d’anticiper les évolutions du cours du pétrole. Quand il fait part de l’existence de ce projet abouti à son supérieur, Karim grimpe soudainement tous les échelons de chez Schrub. Karim a carte blanche pour placer des fonds, et commence à fréquenter l’élégant, richissime, et mystérieux patron du groupe qui le sollicite de plus en plus souvent à ses matchs de base ball et ses galas de charité… et même chez lui à la campagne. Le jeune Karim tente de continuer à aller à la Mosquée. Mais ne risque-t-il pas de perdre ses valeurs, entre l’alcool, l’herbe, les jolies filles et l’appât du gain?

Grammaticalement très juste, le roman de Teddy Wayne suit les enregistrements de son héros et les fait toujours suivre des nouvelles expressions anglaises apprises dans la journée. Ayant eu la brillante idée de placer son intrigue avant le 11 septembre, l’auteur peut se pencher avec subtilité sur la surprise culturelle que New-York représente pour un homme élevé et grandi à Doha, sans sombrer dans les clichés du « Choc des civilisations ». Les « enregistrements persans » de Karim permettent donc de rendre compte des petits travers de la société new-yorkaise qui l’entoure, mais tout en nuance et en subtilité. Et Wayne pose vraiment la question de savoir si son héros va vendre son âme, là où les générations d’écrivains qui le précédent auraient immédiatement considéré pacte signé pour décrire le désenchantement alcoolique, sexuel, et cocaïné  de la corruption. Finalement, lire les aventures d’une belle âme loin de chez elle alors qu’elle entraîne ceux qui l’entourent dans ses bonnes ondes est littérairement et humainement très enrichissant. Les mauvais sentiments non plus ne garantissent pas la bonne littérature.

Teddy Wayne, « Kapitoil« , trad. Adélaïde Pralon, Liana Levi, 365 p., 20 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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