Polars
« Le bureau des affaires occultes » d’Eric Fouassier: le bourreau de l’affaire occultée

« Le bureau des affaires occultes » d’Eric Fouassier: le bourreau de l’affaire occultée

13 juin 2021 | PAR Bernard Massoubre

Prix  Maison de la presse 2021, le livre d’Eric Fouassier, Le bureau des affaires occultes est un roman historique à la fois intriguant et glaçant. 

Nous sommes en 1830, Louis-Philippe, roi des Français, a pris le pouvoir : c’est le début de la monarchie de Juillet. Le jeune inspecteur de police, Valentin Verne, a quant à lui, deux fers au feu : les affres de son passé et la chasse aux comploteurs de l’ancien régime.

Le polar n’est pas historique

Il ne l’est jamais en fait, car les vils instincts de l’âme humaine transcendent les époques. Les viols et les meurtres sont intemporels.

Le reste, le contexte, est une photographie de l’époque. Les descriptions de Paris, de ses habitants et de sa sociologie sont remarquables. Au fil des pages, le lecteur enfile la redingote, met le haut de forme, et il accompagne le policier dans les bouges et les tavernes qui puent. Il y fera la connaissance de Vidocq.

Un monde s’éveille

Dans ces temps troublés, où la monarchie ne veut pas s’effacer devant la république, la science éclot. L’auteur, pharmacien de son état, prend un malin plaisir à nous guider dans ce nouveau monde. L’intrigue du polar est construite autour des avancées de la médecine et de la pharmacie : les travaux de Pelletier, plus fidèle ami du père du policier, découvreur avec Caventou de la quinine et de la strychnine, le docteur Esquirol célèbre aliéniste, l’hypnose et même en filigrane le syndrome post-traumatique. C’est aussi la visite de la Capitale des faubourgs et des amours.

Le roman est riche d’anecdotes avérées. En effet, le professeur Éric Fouassier met son goût de la pédagogie au service du lecteur.

Un monde s’oppose

Valentin Verne baigne et enquête dans une société politique instable. Il cherche à infiltrer une société secrète, un groupe révolutionnaire qui se réunit Aux faisans couronnés (le nom de l’auberge annonce la couleur). Avec l’aide de Vidocq, il part aussi à la recherche de notables qui projettent d’assassiner les anciens ministres de Charles X. Et tout cela sur fond d’occultisme.

Et un monde perverti

L’inspecteur de police, à la suite de son père, enquête sur un sale type, surnommé le Vicaire. C’est un prédateur sexuel : intelligent comme tout bon pervers, il est difficile à coincer. Valentin Verne va s’attacher à cette affaire comme s’il la faisait sienne.

Les propos de Damien, le gamin séquestré, sont glaçants : « Et ce jour-là, oh oui, ce jour-là, j’ai regretté de ne pas être juste ça…Un chien. Son chien. Son chien plutôt que sa chose ».

C’est la partie la plus forte du roman. Fouassier décrit avec finesse la psychologie du Vicaire, et surtout celles des gamins abusés. La présentation pudique des viols accentue l’effet de sidération.

Pour plagier Michel Fugain, c’est un beau roman mais ce n’est pas une belle histoire. C’est seulement l’histoire d’un gamin qui, avec beaucoup de résilience, deviendra un homme, un vrai.

Eric Fouassier, Le Bureau des affaires occultes, Albin Michel, 368 p., 20, 90 euros. Sortie le 28 avril 2021. 

visuel : couverture du livre

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Bernard Massoubre

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