Livres

Nicolas Gras Payen, directeur de la Maison d’édition Passés Composés : « La dramaturgie de l’Histoire, tout est là ».

Nicolas Gras Payen, directeur de la Maison d’édition Passés Composés : « La dramaturgie de l’Histoire, tout est là ».

13 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce mercredi 13 mars, Passés Composés, la nouvelle maison d’Histoire du groupe Humensis (né en 2016  de la fusion des PUF et de Belin), sort ses deux premiers titres Le Sabordage de la Noblesse de Fadi El Hage et Et ils mirent Dieu à la retraite de Didier le Fur. Le directeur de cette nouvelle maison d’édition, Nicolad Gras-Payen nous fait entrer dans les coulisses de l’Histoire.

Comment décrire la ligne éditoriale de Passés Composés ?
Nicolas : Nous avons un double objectif d’excellence et de plaisir. Il s’agit de publier des auteurs de très haut niveau mais qui ont conscience de l’importance de la dramaturgie en histoire. Il faut être dans le récit.

Un peu à l’américaine ?
Oui complètement. Nous sommes dans la « narrative non-fiction » (l’essai narratif) mais c’est un concept qui émerge difficilement en France. Nous voulons publier des historiens classiques qui doivent être dans une logique de plaisir, plutôt que ceux qui ne parlent qu’à leur profession. Nous voulons publier des livres à la fois pour l’université et pour le public néophyte avec cette logique de plaisir. Il faut être réaliste : nous sommes en concurrence avec la série, l’opéra, le théâtre …Je n’aime pas le terme mais c’est une réalité : il y a une consommation culturelle. Il faut donc composer avec d’autres propositions sur un public très sollicité. Nous notre objet est de donner à lire quelque chose qui passe nécessairement par une écriture. En Histoire, tout est là, il n’y a pas besoin d’inventer : la dramaturgie de l’Histoire tout est là. il y a juste a recomposer les choses. Il suffit de voir aussi combien l’Histoire est présente aujourd’hui dans le livres en général, y compris de l’histoire aujourd’hui dans la fiction c’est juste hallucinant y compris dans la fiction qui est primée.

Vous proposez donc dès ce printemps un livre sur Games of Thrones de l’historienne et médiéviste anglaise Carolyne Larrington…

Games of Thrones, le livre, comme la série ont eu le mérite de créer des curiosité sur une forme de médiéval qui permet d’aller chercher des publics. Et notre livre « Winter is coming, les Racines médiévales de Games of Thrones » incarne bien cette logique de médiation puisque c’est une professeure d’Oxford et spécialiste des grandes questions de littérature médiévale. Carolyne Larrington est justement capable de fédérer enfin plutôt de se greffer sur des connaissances assez populaires pour amener vers ce que l’on sait d’une époque.

Il y aura plusieurs collections chez Passé Compsé ?
Nous allons commencer une collection de biographies au deuxième semestre, avec notamment des volumes de Cléopâtre par Frédéric Martinez et sur Lucien Bonaparte par Cédric Lewandowski, Une grande série en quatre volumes sur la question des Mondes en guerre, sous la direction de Hervé Drévillon : c’est un livre collectif mais qui a l’ambition d’être un vrai récit. Et puis il y a la collection Essais, qui commence dès le 13 mars avec une couverture rouge. C’est Didier Le Fur qui inaugure cette série des essais sur la discipline, qu’est l’Histoire.

Il y aura beaucoup de traductions chez Passés Composés ?
Nicolas : Il y aura quatre à cinq traductions par an, sur environ 25 livres. Nous privilégierons les essais qui portent sur des choses que les historiens français ne savent pas faire. Par exemple, Au-delà des Plages de Stephen Alan Bourque. Toutes proportions gardé on est pas loin de ce qu’a fait Paxton (l’historien américain qui a permis de prendre la mesure de la Collaboration avec La France de Vichy dans les années 1970, nldr). L’essai porte sur la question de la libération militaire de la France et il interroge une politique des alliés qui a fait quand même 60 000 morts civils. Or jusqu’ici, jamais cette question n’a été intégrée dans les récits qui ont été faits de la période. Le livre permet d’avoir une vraie réflexion sur ce qu’est un récit historique.

Donc Passés Composés veut toucher un large public, mais aussi renouveler la matière?
L’idée est d’apporter des choses neuves à chaque fois, même si nous n’allons tout réinventer en histoire. Nous n’avons pas cette prétention mais nous nous efforçons de publier des récits qui soit du 21ème siècle. Par exemple, au deuxième semestre, le livre de Gabriel Martinez-Gros sur l’Empire islamique éclaire à partir des VII, VIII et IXe siècles des enjeux importants pour aujourd’hui.

Et vous demandez à vos auteurs de se positionner
Pas politiquement, mais nous aimerions qu’ils aillent un peu plus loin que simplement faire l’état de la recherche. Il y a bien entendu l’état de la recherche mais il est important de savoir comme un auteur, en tant qu’historien se positionne par rapport à cette réalité. L’idée c’est d’avoir des livres qui ne sont pas engagés d’une force militante, d’autant plus que l’histoire est un peu trop utilisé à des fins politique en ce moment. Mais cela n’implique pas pour autant de faire du manuel ou de tomber dans quelque chose de sec où l’historien se cache derrière ses dates. Bien sûr que le carton d’archive est indispensable, mais nous voulons prendre un peu de hauteur et essayons que nos historiens aient un positionnement d’auteur par rapport à leurs sujets. C’est crucial qu’ils se positionnent dans le siècle parce que si les historiens ne sont pas investis dans leur temps, d’autres risques d’investir leur sujet. Je n’ai pas la naïveté de dire que l’Histoire éclaire le présent, c’est un peu plus subtil que cela, mais il faut être conscient des enjeux.

Combien de livres allez vous publier par an et comment organisez-vous l’équipe.
Nous prévoyons environ 25 livres par an. Pour cette année 2019, nous serons sur 15 titres de l’année qui donneront quand même la couleur de ce que nous essayons de faire. Je suis le directeur de la maison et tout doit passer par moi. Mais un éditeur en réalité ce sont trois personnes, l’éditorial mais aussi la presse et le commercial. Ce n’est même pas la peine de faire une maison d’édition s’il n’y a pas 3 personnes qui fonctionnent bien se comprennent et qui se structurent. Chez nous : , Camille Couture est commerciale, Amandine Dumas est à la presse et moi, pour l’éditorial. Bien entendu moi j’ai des prises de positions sur la réalité, à la fois avec les auteurs sur les questions de droits et d’à-valoir et aussi avec tout le reste de la structure, puisqu’il faut évidement qu’il y est un lien avec service juridique et avec la fabrication, avec les droits, là t’as a peu près le cœur.

Vous êtes indépendants par rapport au groupe?

Le groupé Humensis réunit tout de même 250 personnes. Par rapport aux gros groupes d’édition que sont Hachette ou Editis, c’est souple et, c’est un groupe dynamique ; et tout se passe un peu à moitié chez nous et à moitié en lien avec le groupe. par exemple si nous avons une fabricante dédiée sur l’histoire, elle est dédiée mais elle vient en général du groupe. Et notre responsable de la presse Amandine Dumas, va aussi travailler pour Belin. 

Quelle est votre stratégie sur le marché de l’Histoire ?
Même en étant premier dans les sciences humaines, le marché de l’Histoire n’est pas un énorme marché. Il s’est bien restructuré depuis une dizaine d’années avec 10% de part de marché pour Editis et ensuite les 1er 2ème 3ème 4ème et 5ème acteurs changent chaque année en fonction de titres uniques qui marchent. Lorsque Michel Lafon sort Métronome, il est deuxième. Et le problème de ce seuil, c’est qu’un seul auteur compte et qu’après, au sein d’une maison, il n’y a pas tellement de place pour croiser les écoles et les points de vues. Passés Composés doit se placer suffisamment bien pour pouvoir éviter les écoles uniques. Nous voulons croiser les savoir-faire. Tous les historiens ne travaillent pas de la même manière dans leur rapport aux sources mais aussi dans l’écriture, dans la structuration de leur composition. Et le problème d’une école c’est qu’on est quand même obligé de rentrer dans le canevas un peu général. Je pense que c’est une erreur surtout quand les écoles s’interdisent un nombre de sujets. Je pense que nous devons être le reflet de la réalité et de la pluralité de la réflexion historique en France.

visuel : photo officielle 

Une sirène à Paris, un nouveau roman fantastique pour Mathias Malzieu
Exposition Géométrie spatiale, regards sur la science, la nature et le mouvement
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *