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Marie-Thérèse Walter & Pablo Picasso, biographie d’une relation, de Laurence Madeline

Marie-Thérèse Walter & Pablo Picasso, biographie d’une relation, de Laurence Madeline

30 mars 2022 | PAR Nicolas Villodre

L’historienne de l’art Laurence Madeline vient de publier un copieux ouvrage qui vise à « rétablir les faits dans leur vérité » des rapports entre le peintre Pablo Picasso et la plus jeune de ses muses, maîtresses et modèles, Marie-Thérèse Walter.

Amour fou

Dans sa préface du livre, Philippe Dagen observe que l’auteure « s’emploie à dégager ce qui peut être établi de façon indiscutable des relations de l’artiste et de Marie-Thérèse – dégager comme on le dit d’un archéologue qui dégage un squelette ou un objet de sa croûte de sédiments et de débris. » Laurence Madeline fait la part entre la vérité et la légende des amours clandestines, en partant de la rencontre des deux protagonistes, le 8 janvier 1927 qui, pour certains auteurs, relevait de « l’amour fou » surréaliste, pour d’autres, de l’attirance d’un adulte pour une Lolita faisant la moitié de son âge), jusqu’à la naissance de leur fille Maya, en 1935, et au-delà. L’historienne se refuse à prendre pour argent comptant ou comme « clé de lecture des œuvres » de Picasso ce qu’elle appelle « l’anecdote biographique ».

Son tableau Le Sauvetage (1932), par exemple, ne saurait s’expliquer par la grave maladie de la jeune femme, celle-ci, après vérification, ayant eu lieu en 1934. L’approche féminine ou féministe de Madeline interroge la « légende des muses, amantes, modèles qui se sacrifient pour que s’épanouissent glorieusement les œuvres de leur artiste », donc aussi les fables sur « la précocité, l’autodidaxie, l’esprit et les plaisanteries, l’héroïsme, la rivalité avec des camarades » d’un Picasso qui a été vantée par nombre de commentateurs. La rigueur de l’auteure lui fait rejeter l’idée « que l’on peut déduire d’une œuvre d’art les circonstances de la vie de son créateur ». Les biographes de Picasso ont fini, peu à peu, par s’intéresser à son modèle Marie-Thérèse : on connaît son identité en 1958 ; on en sait plus sur le physique et le caractère en 1965 ; on a idée de son âge (17 ans et 6 mois) lors de la rencontre en 1968 et on détermine la date de celle-ci en 1970.

Mythe et réalité

Pierre Cabanne laisse parler Marie-Thérèse en 1974 et donne, le premier, semble-t-il, une image « moins convenue, désacralisée, de Picasso ». Si, pour la plupart des auteurs, Picasso « décide de tout, régit la vie de la jeune femme, règle son quotidien, ses vacances », les propos de son amante tendent à montrer qu’elle a également « dicté ses choix ». N’ayant pas divorcé d’Olga pour ne pas avoir à partager avec elle son immense fortune, Picasso est de fait dans l’impossibilité de se marier avec Marie-Thérèse avant le décès sa légitime, qui se produit en 1950. Cela ne l’empêche pas de poursuivre son nomadisme amoureux avec d’autres muses s’offrant à lui.

Son refus des épousailles s’explique sans doute, en un deuxième temps, par l’usure de sa relation avec elle. Il nous en rappelle un autre, celui du dieu Pan Auguste Rodin qui faisait miroiter le mariage à sa disciple Camille Claudel… En plusieurs centaines de pages, Laurence Madeline reconstitue, année après année, mois après mois, l’évolution et la détérioration des rapports du couple. Toujours est-il que « Picasso ne met pas fin à sa liaison avec Marie-Thérèse Walter. C’est la mort qui en décide et Picasso décède le 8 avril 1973. » La mort frappe dès lors Pablito, le fils de Pablo et de Marina. Quatre ans plus tard, le 22 octobre 1977, Nice-Matin affichera à la une : « Marie-Thérèse Walter qui fut la compagne de Picasso a mis fin à ses jours. Elle a été retrouvée pendue à la porte de sa villa de Juan-les Pins. »

Laurence Madeline, Marie-Thérèse Walter & Pablo Picasso, biographie d’une relation, Paris, Nouvelles éditions Scala, 2022, 638 pages, 22€.

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Nicolas Villodre

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