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« Londres après minuit » : un hommage pointu au cinéma muet

« Londres après minuit » : un hommage pointu au cinéma muet

16 février 2015 | PAR Marie-Lucie Walch

Londres après minuit est le premier roman d’Augusto Cruz, scénariste et critique de film mexicain. De mexicain, le récit ne porte pourtant pas la trace, et a une portée nettement internationale. Ce livre est un plaisir pour les passionnés de cinéma, une curiosité pour les lecteurs aventuriers.

« Londres après minuit est le Saint-Graal du septième art, le rêve des collectionneurs […] Je vous offre la possibilité de résoudre l’un des plus grands mystères de l’histoire du cinéma. Votre mission, si vous l’acceptez, sera de retrouver Londres après minuit pour que je le voie. » Tels sont les mots que Forest J. Ackerman adresse à un ancien agent du FBI Mc Kenzie. Le célèbre collectionneur d’objets de films de science-fiction est ici mis en scène en tant que vieillard passionné sur le déclin, à qui l' »on vient de détecter un Alzheimer ». Le roman soulève un questionnement profond sur le prix accordé aux souvenirs. Une réflexion qui se développe avec des remarques comme: « Pour moi, un objet n’est perdu que lorsque les dernières personnes à s’en souvenir sont mortes », ou « je me demande si quelqu’un pouvait attribuer un prix aux souvenirs d’un autre être humain? » D’où l’urgence pour lui, de retrouver l’unique bobine de ce film d’horreur de 1927. L’agent dépêché sur l’affaire, vieux lui aussi, parviendra à ses fins, non sans en payer le prix.

Un roman monté comme un film

Augusto Cruz, scénariste et critique de film,connait son sujet. Il aime le cinéma, aucun lecteur ne contredira ce point. C’est par les yeux de Mc Kenzie que le lecteur est embarqué dans le récit d’une quête explorant les coulisses du cinéma d’avant-garde, et du cinéma de « monstres » en particulier. Il croise des collectionneurs, tous plus « étranges » les uns que les autres (même un chien, qui l’eût cru?), des femmes indépendantes et mystérieuses, ainsi que des millionnaires invisibles qui le mèneront petit à petit sur la piste du film perdu. Ses recherches lui font vivre différentes scènes dignes de films, tant pour la qualité visuelle que pour la bande-son (les personnages écoutent beaucoup la radio). On passe ainsi de la course-poursuite policière, au film d’espionnage, en faisant un détour par le western, le long-métrage d’aventure dans la jungle pour terminer dans le fantastique. La chasse au trésor est entrecoupée de séquences des rêves de l’agent à la retraite, entre fantasmagorie et souvenirs d’enfance. Le roman contient des clichés (chambres de motels insalubres, bars miteux) que l’on pardonne,  tant l’amour de l’auteur pour le cinéma transparaît.

Le FBI et le ciné: une intrigue très documentée

La première partie du roman est difficile à lire par sa volonté de faire une histoire des débuts cinéma d’effroi avec force détails et références qu’on ne peut maîtriser à moins d’être spécialiste. L’énumération de vieux films dans la bouche d’un passionné n’est peut être pas nécessaire pour expliquer la préciosité de Londres après minuit. L’on serait même tenté de dire, avec Mc Kenzie: « la plupart des titres ne me disaient rien mais ils auraient surement signifié quelque chose pour Ackerman et ses amis ».La deuxième partie, en revanche, est plus abordable. Les rapprochements constants de l’enquête du roman avec le passé de Mc Kenzie (il fut l’homme de confiance du fondateur du FBI, John E. Hoover) dévoilent une vérité que, probablement, nous sommes plusieurs à ignorer: « Le FBI a toujours été très lié au cinéma ». Anciennes affaires à l’appui, le récit prouve ce point et en imagine une autre avec cette découverte fictive du film de 1927. Le lecteur pourra hésiter: est-ce que tous les faits mentionnés dans le récit sont réels ou bien fruits de l’imagination de l’auteur? L’illusion est bien là. On referme le livre en ayant l’impression d’avoir appris des anecdotes tant sur les origines du cinéma que de la police secrète américaine. Un petit bijou pour les amateurs de ciné.

Londres après minuit, d’Augusto Cruz, éd. Christian Bourgois, 409 pages, 22€.

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Marie-Lucie Walch

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