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Julie, de Manet à Monet : Le catalogue de l’exposition

Julie, de Manet à Monet : Le catalogue de l’exposition

30 octobre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Les éditions Hazan et le Musée Marmottan Monet viennent de publier, sous la direction de Marianne Mathieu, le catalogue officiel de l’exposition, en cours jusqu’au 20 mars 2022, Julie Manet, La Mémoire impressionniste.

Révolution bourgeoise

Dans la famille Manet, je demande la nièce, Eugénie Julie, par ailleurs fille de la géniale Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère cadet du grand Édouard, épouse d’Ernest Henri Rouart, fils du premier collectionneur de peinture impressionniste, cousine germaine de Jeannie Gobillard, l’épouse de Paul Valéry, pupille, à l’âge adolescent, de Stéphane Mallarmé. La plupart des descendants de quatre familles principales (les Mayniel et Thomas, les Rouart, les Morisot, les Manet) cohabitent dans le même quartier huppé du XVIe arrondissement, celui de Passy. En bon voisinage, en colocation – ou en copropriété une fois les vœux de mariage prononcés et les alliances échangées. En consanguinité intellectuelle et artistique.

Il va sans dire que la peinture est sinon la seule préoccupation de chacun, du moins une occupation partagée (comme on dit de nos jours), pratiquée en amateur et, l’histoire de l’art l’attestant, en professionnels de la profession. Pour ne prendre qu’un exemple, le mari de Berthe Morisot, Eugène Manet, qui vit sur un grand pied de ses rentes, pratique lui aussi l’art pictural. Quoique tous ne mènent pas si grand train, ces artistes n’ont rien de « maudit ». Julie Manet (1878-1966), orpheline à seize ans, modèle puis peintre à ses heures, a droit pour la première fois à une exposition entièrement dédiée. La conservatrice de Marmottan, Marianne Mathieu a réuni plus d’une centaine d’œuvres provenant de plusieurs collections et pays. Malgré son patronyme, c’est plus le style de Monet, de Morisot, naturellement, et de Renoir, tout autant, qui semble avoir influencé le sien. Le paradoxe étant que ce cénacle embourgeoisé et, le cas échéant antidreyfusard (on pense à Degas et à Renoir) ait réalisé une révolution esthétique.

Le Théâtre de Gennevilliers

C’est autant l’artiste – la femme artiste – que l’héritière d’une autre artiste – et non des moindres, s’agissant de la première femme impressionniste – et la collectionneuse, aux côtés de son mari Ernest Rouart, qui est mise en valeur ou à l’honneur par cette exposition. Aux nombreux portraits d’intérieur, quelquefois aidés par la photographie, s’ajoutent les paysages, la peinture de chevalet, du pris sur le vif ou sur le motif, complément ou supplément d’âme, dans le cas qui nous occupe, de ce que Marianne Mathieu appelle « l’art grand-bourgeois de la villégiature » (les étés à Bougival, à Compiègne, sur la Côte d’Azur, en Belgique, en Hollande, à Jersey, en Touraine, en Normandie et en Bretagne). Gagne-pain pour les uns, loisir de luxe ou titre de gloire pour les autres, cet art a aussi trouvé à s’exprimer à Gennevilliers, dont les bords de Seine ont été, comme on dit de nos jours, « documentés » par les peintres impressionnistes, Gennevilliers, là où la famille Manet avait précisément investi dans le foncier.

C’est aussi près des rives de la Seine, à Valvins, que vivait et travaillait Mallarmé. Dominique d’Arnoult, dans sa contribution au catalogue, retranscrit une lettre du poète qui avait incité Berthe Morisot et sa fille à passer quelques jours dans une auberge par lui dénichée près de son modeste domicile, un établissement qui  offrait « une chambre à deux lits donnant sur la rivière, et les repas, pour quatorze francs, par jour, au lieu de seize. » Le poète s’y auto-congratulait plaisamment : « On n’a pas tort de se confier aux rêveurs qui, seuls, sont pratiques. » Le catalogue présente le résultat de ce séjour et reproduit côte à côte les deux petits formats peints à l’huile. Les traits de pinceau son bien plus fermes, plus contrastés dans la vision maternelle que ceux, vaporeux, bien moins appuyés dans la toile de Julie. Celle-ci évoque dans une lettre cette double représentation : « Maman et moi nous avons commencé aujourd’hui quelque chose d’après la vue de notre fenêtre et le bateau de M. Mallarmé passant sur l’eau. »

Visuel : Julie Manet enfant, c. 1885, archives BS, musée Marmottan Monet.

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Nicolas Villodre

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