Fictions
« Subito presto » par Gérard Mordillat

« Subito presto » par Gérard Mordillat

29 avril 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

La chute. Tel est le thème traversant ce recueil de sept nouvelles. Gérard Mordillat y décrit avec un humour féroce un monde cruel et désespéré.

Les deux premières nouvelles racontent la chute d’un individu. Pour Morgan, chauffeur routier et père de famille elle commence quand son boss, invoquant la crise, lui demande de devenir auto entrepreneur. Nobody est un acteur comique mais triste, surtout à Noël depuis la mort de sa mère. Après son émission décapante « Noël triste », il est « viré » de la station de radio où il travaillait. Prêt à tout pour remonter sur scène et retrouver son identité de comédien, il ne résiste pas à la manipulation de Fabio qui le pousse à s’engager au parti fasciste, le PFF. La chute sera aussi morale. Avec « Riquet à la houppe » et la belle Gogolita le récit devient loufoque, fantasque. Riquet séduit Gogolita en se faisant passer pour un médecin mais lui permet de se révéler à elle-même et de devenir « Radieuse ». Dans « Bébé », l’auteur décrit, de manière burlesque, une famille ayant perdu tout repère en particulier générationnel. La nouvelle « Moi présidente » est la longue interview, par une télévision complaisante, d’une présidente d’extrême droite, apprentie dictateur, effrayante de cynisme et de vulgarité. La dernière nouvelle est une histoire d’amour : un homme retrouve la femme aimée, Abilène, son ange, et croise une enfant perdue qui s’appelle « Tu m’emmènes » mais les deux femmes ont aussi leur face sombre, inquiétante comme l’oiseau noir qui hante Abilène…

Ce recueil de nouvelles est d’abord remarquable par son style, efficace, proche du langage parlé du quotidien, mais aussi rythmé, drôle, riche d’un humour décapant. La dimension politique est bien présente avec l’écroulement d’un père de famille au nom de l’économie mais aussi avec la mise à nu des discours de l’extrême droite. Les individus sont les jouets de leur destin. Ni Morgan ni Nobody ne peuvent arrêter l’engrenage de leur chute, ils leurs manque force ou lucidité et ils deviennent des proies faciles pour les manipulateurs. Au-delà de la farce et de l’outrance, la nouvelle « Moi présidente » fait froid dans le dos, le lecteur ne pouvant s’empêcher de penser : et si tout cela survenait. Yorick la dernière nouvelle est un texte sensible, mélancolique, sensuel dévoilant tout le talent d’écrivain de Georges Mordillat. Un amour très fort affronte le mal et la violence donnant à ce texte une gravité émouvante. La violence sociale imprègne donc l’ensemble de ce recueil de nouvelles.
Ce livre est drôle, très drôle parfois mais son humour féroce révèle un monde décomposé, désespérant. Ce pamphlet prend alors tout son sens politique devenant un sérieux avertissement qui ne peut laisser le lecteur indifférent.

Gérard Mordillat, Subito Presto, éditions Albin Michel, 288 pages, 19 Euros, sortie le 26 Février 2020.

visuel : couverture du livre

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