Rap / Hip-Hop
Il y a dix ans, Disiz mutait en Peter Punk

Il y a dix ans, Disiz mutait en Peter Punk

29 avril 2020 | PAR Margot Delpech

 

Le 20 avril 2010, La Peste devenait Peter Punk avec l’album « Dans le ventre du crocodile ». Disiz s’éloignait du hip-hop pour rapper sur du rock et retrouver son âme d’enfant.

En 2009, dans l’album Disiz the end, le rappeur d’Evry confiait : « Le rap, j’en ai fait le tour comme j’ai fait le tour de ma ville. » Après un moment de flottement et d’incompréhension, le dernier morceau « Disiz the end » se veut rassurant : « En soi, il n’y a rien de dramatique, c’est juste la fin d’un cycle. » L’artiste ne quitte pas la musique, Sérigne M.Gueye de son vrai nom s’apprête à renaître sous une autre forme artistique. C’est à la fin de ce même morceau qu’on sait déjà à qui et à quoi s’attendre.

« Enchanté, moi c’est Peter Punk »

Pour rassurer son public, le rappeur termine « Disiz The End » sur : « T’inquiètes, c’est toujours moi » posé sur des sonorités électriques. En mars 2010, un an après, on découvre un Disiz relooké, lunettes des Blues Brothers qui rappe sur du rock entrecroisé d’électro avec un comportement de gamin sur-excité.

Un seul album sortira sous le pseudonyme de Peter Punk intitulé Dans le ventre du crocodile, à l’image de l’animal dans Peter Pan. Une façon bien à lui de replonger en arrière pour vivre l’enfance qui semble lui avoir échappé. Il pose le décor dés le début de l’album : « Je viens de l’île des enfants perdus, je ne veux plus grandir, car là d’où je viens, on m’a fait grandir trop vite. » Un sixième album où l’artiste décide de réanimer l’enfant qui sommeille en lui. Il raconte des histoires avec de jolies planètes sur un air de la petite souris verte ou encore, Yeah Yeah Yeah avec « ainsi font font, les petites marionnettes. » Les puristes pourraient encore dire qu’il « pète les plombs » comme en 2000. Sauf que derrière la forme, c’est toujours le même dans le fond; il critiques le pouvoir en place, la société et à envie de casser tous les codes. 

« Je t’aime mais je te quitte »

C’est un enfant extra-lucide qui règle ses comptes surtout sur  « je t’aime mais je te quitte. » Mais avec qui ? Le morceau qui s’ouvre sur un titre de Gainsbourg : « Je suis venu te dire que je m’en vais » donne l’impression qu’il s’agit là d’une rupture. On réécoute à nouveau et sur la fin, on décèle les notes de La Marseillaise. Est-ce une lettre ouverte à la France ? Le titre lui aussi fait référence à un slogan d’extrême-droite, repris par la droite avec Sarkozy en 2006 : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes. » On a la réponse, Disiz aime la France, mais il s’en sépare.

 

En 3 minutes 20, on comprend que Peter Punk en a gros sur le cœur, cette relation est toxique et il doit vider son trop-plein : « Tu prétendais m’aimer, tu le scandais »/ « tu te sers de moi, je t’excites »/ « tu m’as volé, quasi-violé »/ « Pourtant, c’est toi qui m’a dragué ». D’une parole à l’autre, il passe en revue des événements historiques qui l’ont touché de près. En 1998, le pays clame partout le « black-blanc-beur » (« tu prétendais m’aimer« )  et s’ensuit les émeutes dans les quartiers en 2005 fortement médiatiser (« tu te sert de moi« ). Aussi, la colonisation du Sénégal, son pays d’origine et puis l’immigration d’après-guerre quand il a fallu prêter mains fortes à la France (c’est toi qui m’as dragué/ tu m’as volé, ultra-violé)

Il n’a pas attendu 20 ans

Disiz n’a pas attendu d’être dans son personnage de Peter Punk pour étayer ses pensées et mener ses combats. Seulement, il raconte une nouvelle vision de ces derniers dans une version pop-rock avec le regard d’un homme, père de famille et grand enfant, bien loin de l’époque du Poisson Rouge avec « C’est ça la France. » Car il n’y a qu’à écouter son couplet sur La Marche ou bien, lire son livre, René. Et on sait que l’artiste altère son style mais jamais sa ligne de conduite. On peut aussi écouter « Dans tes rêves » où il raconte son parcours sinueux : « Je venais de banlieue, j’étais bronzé donc c’était pas gagné, en plus je suis le fils de personne donc il fallait batailler. » En 2000, dans « J’irai cracher sur vos tombes » alors qu’il n’a que 22 ans, La Peste faisait déjà référence au roman de Boris Vian et débutait une lutte sans merci contre le racisme.

Après avoir profité du rock pour dépenser son énergie sur l’île aux enfants perdus, il revient au hip hop deux ans après avec l’album Lucide. Il déclare :  » Au moment où j’y croyais plus, c’est comme une nouvelle naissance » sur « un frigo, un coeur et des couilles. »

visuel : OJOZ

« Subito presto » par Gérard Mordillat
La playlist pseudo-déconfite
Margot Delpech

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