Fictions
Rumena Buzarovska : Mon cher mari

Rumena Buzarovska : Mon cher mari

07 septembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Rumena Buzarovska est une auteure macédonienne. Elle enseigne la littérature à Skopje, en Macédoine du Nord. Dans ce recueil de nouvelles, onze femmes se confient, sans tabous, sur leurs chers maris. Instructif !

 

Onze couples riches en couleurs

Onze femmes parlent sans détours, sans retenue de leurs maris. Onze récits qui ne laissent pas indifférents.
L’épouse de Goran est vraiment très drôle lorsqu’elle dénigre « son poète de mari ». Dans la nouvelle « Nectar », une patiente a épousé son gynécologue ! Très drôle aussi la calamiteuse tentative d’adultère de Sanja. Elle a choisi pour cela le 8 mars, le jour de la fête de la femme. Tania est pathétique et cocasse à la fois. Elle subit le machisme et l’infidélité de son homme mais elle le harcèle sans relâche, jusqu’à aller se cacher dans le coffre de la voiture de son mari pour provoquer un flagrant délit. Le ton devient mélancolique dans « Un nid vide » : ses enfants ayant quitté le foyer, une mère de famille se consacre à la peinture, mais ses proches ne lui reconnaissent aucun talent.
Avec les sujets de l’enfance et de la maternité, les textes deviennent plus graves. Neno est un enfant victime des préjugés, de la dureté, de l’incompréhension de son père. Dans « Père » Ruména Buzarovska décrit les affres d’une jeune mère, débordée, à la naissance de son premier bébé. Elle aborde sans les édulcorer, les souffrances et les désillusions qui accompagnent parfois la maternité. Après la mort accidentelle de Lili et la descente aux enfers des parents, le lecteur bascule dans la tragédie. Mais ces onze femmes se confient aussi sur elles mêmes et dans leurs vies le comique et le tragique se succèdent ou s’entremêlent.

Un humour décapant

Rumena Buzarovska explore de nombreux aspects de la vie conjugale et familiale. Son écriture est percutante, décapante. Les récits sont souvent drôles, l’humour grinçant, voire sarcastique. Il existe une grande variété de tons, de sentiments dans ses nouvelles. Les maris de ces dames ne sont pas « reluisants », mais les défauts, la méchanceté parfois, des épouses ne sont pas occultés, loin de là. Ce livre est plus une charge contre l’institution du mariage que contre les hommes en tant que tels. C’est un point de vue piquant, désabusé sur le couple et sur la psychologie humaine. Et c’est très plaisant à lire.

Rumena Buzarovska, Mon cher mari, traduit du Macédonien par Maria Bejanovska, Gallimard, 176 pages, 18 euros

visuel (c) couverture du livre 

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Jean-Marie Chamouard

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