Fictions
Mitsuyo Kakuta : « Lune de papier » Ou la vaine quête de bonheur d’une japonaise

Mitsuyo Kakuta : « Lune de papier » Ou la vaine quête de bonheur d’une japonaise

26 avril 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Mitsuyo Kakuta aborde à travers cette histoire d’escroquerie la condition féminine au Japon. Les achats compulsifs sont au cœur du roman. Ils sont décrits comme une véritable toxicomanie dont les conséquences peuvent être dramatiques.

Rika est en cavale en Thaïlande. Cette japonaise de 41 ans a détourné 100 millions de Yens aux clients de la banque qui l’employait. Lorsque son nom apparait à la une des journaux, ses amis sont stupéfaits. Elle, qui était si sage, si sérieuse ! La vie de Rika se dévoile peu à peu. Mariée à 26 ans, elle reste femme au foyer quelques années avant de retravailler comme chargée de clientèle pour une banque. Elle rend visite aux retraités âgés qui l’apprécient pour sa gentillesse et son dévouement. Son mari est froid, distant, indélicat. Cette vie monotone lui donne le sentiment de « n’être qu’une partie d’elle-même ». Jusqu’au jour où elle rencontre Kota, un étudiant passionné de cinéma. Mais ces achats en particulier de vêtements deviennent de plus en plus fréquents et onéreux, comme ceux d’Aki son amie et confidente. Pour aider Kota et couvrir ses dépenses, Rika fait de faux certificats de dépôts et détourne les fonds de riches clients âgés et crédules. Pendant des années, de plus en plus souvent… au point de perdre le sens des réalités et de ne plus pouvoir revenir en arrière.

« La lune de papier » est d’abord un roman à suspense : le lecteur veut comprendre comment Rika « a brisé elle-même l’enceinte qu’elle avait mise en place », pourquoi elle s’est mise dans un tel engrenage, dans une telle impasse. Le récit est aussi intimiste, Mitsuyo Kakuta réussit un très beau portrait de femme. Rika est une personnalité complexe, généreuse mais fragile et impulsive. Elle subit les événements sans pouvoir se fixer de limites. Elle souffre, presque en silence, du patriarcat et de la froideur de son mari. Les achats compulsifs sont au centre du livre, comme antidote au vide, à l’angoisse, à la dépression mais ils auront des conséquences dramatiques pour Rika et pour Aki qui devra divorcer et perdra la garde de sa fille. Il peut s’agir d’une véritable toxicomanie. Mitsuyo Kakuta en décrit finement le mécanisme: il commence par le besoin impérieux d’achats puis surviennent les sentiments de plénitude, de toute puissance voire d’extase avant la descente, les regrets, la culpabilité.
Mitsuyo Kakuta nous offre un roman très agréable à lire. C’est aussi un livre féministe , une critique du matérialisme et de l’hyperconsommation. La vie des épouses japonaises, semble rude, monotone, triste, au point de se laisser dominer par l’argent dans une dramatique fuite en avant. Le lecteur sera donc touché par le sort de Rika et de ses amies.

 

Mitsuyo Kakuta, Lune de papier, traduit du japonais par Sophie Refle, Actes Sud, 322 pages, 22 Euros, sortie en Avril 2021.
visuel : couverture du livre

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