Essais

« Réflexion sur l’antisémitisme », de Delphine Horvilleur : sociologie et tradition pour comprendre un malaise dans notre civilisation

« Réflexion sur l’antisémitisme », de Delphine Horvilleur : sociologie et tradition pour comprendre un malaise dans notre civilisation

15 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

Rabbin du MJLF, intellectuelle, engagée dans la Cité, Delphine Horvilleur publie chez Grasset une analyse de l’antisémitisme qui mêle les outils des sciences humaines et de la tradition. Sous un titre qui fait écho à Sartre, Réflexion sur l’antisémitisme, elle livre une analyse qui lui répond. 

Se présentant comme la génération qui déchante de l’idée de pouvoir vivre sans antisémitisme après avoir crû pouvoir y échapper, Delphine Horvilleur reprend le couple théâtral mis en scène par Sartre dans on essai de 1946 : juif et antisémite, mais 1/ au lieu de poser la question juive, elle pose la question de l’antisémitisme et 2/ elle refuse l’idée que l’antisémitisme fait le juif et préfère éclairer cet antisémitisme à l’aide d’une tradition juive  pleine et de sciences humaines volontiers fruit d’auteurs juifs comme Freud, Scholem, Derrida, Sibony ou Milner. Avec des exemples venus de la Bible, du Midrash ou des rites, elle tente d’expliquer pourquoi les juifs sont détestés. Et sa grande idée est que – comme les femmes- les juifs, qui circoncisent leurs fils, viennent montrer l’incomplétude de l’humain en pleine lumière : « Le judaïsme est l’enfant d’une cassure, le résidu d’un effondrement ».

Reprenant avec soin un concept-clé de Jan-Paul Sartre, elle se bat pour soutenir l’idée tolérante et forcément sympathique que cette incomplétude, cette faiblesse, cette faillibilité, est la possibilité même d’être et de vivre ensemble : « Qu’est-ce dès lors qu’être authentique si ce n’est précisément reconnaître qu’on ne sait pas ce qui structure notre authenticité » (p. 87). Reprenant des concepts-clés (l’élection, le lien entre juif et avoir…), elle dresse un bon bilan de la littérature sur la question juive et ses éclairages par les sages de la tradition sont imagés et puissants.

Il n’empêche qu’à la lecture du livre nous avons l’impression que pas grand chose n’a changé depuis 1946, et c’est troublant. Les mutations de l’antisémitisme d’extrême-gauche et l’impact d’Israël sont évoqués, mais nous aurions voulu les voir éclairés en plus vive lumière. D’autant plus que ces deux sujets ont souvent été sources de critiques du théâtre de l’antisémite et du juif mis en scène avec Sartre comme une entorse majeure au principe d’authenticité. 

Pour en savoir plus sur le livre et son auteur, ne manquez pas le magazine littéraire d’Akadem où Ruben Honigmann interviewe Delphine Horvilleur

Delphine Horvilleur, Réflexions sur la question antisémite, Grasset, 162 p., sortie le 9 janvier 2019. 16 euros. 

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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