Essais

« Ladies First, Une anthologie du rap au féminin » de Sylvain Bertot : Pour une vision féministe du rap

« Ladies First, Une anthologie du rap au féminin » de Sylvain Bertot : Pour une vision féministe du rap

20 décembre 2019 | PAR Lea Schiavo

Aujourd’hui, bien que minoritaires, les femmes sont bel et bien présentes dans le milieu du rap. Mais ce n’est pas sans avoir franchi bon nombre d’obstacles liés à leur genre. Avec Ladies First – Une anthologie du rap au féminin, publié aux éditions Le mot et le reste en novembre dernier, Sylvain Bertot recense les figures féminines qui ont fait le Hip-hop et montre aux sceptiques que le rap n’est pas qu’une affaire d’hommes.

A la tête d’une maison de disque, à la programmation d’une radio ou grande chaîne de télévision, derrière le micro ou au management, elles sont nombreuses à avoir accompagné les débuts du hip-hop, que ce soit sur le devant de la scène ou en coulisses.

Mais quand le rap s’installe progressivement sur les ondes et les écrans, les stars qui le représente sont avant tout des hommes. Petit à petit, parce que minoritaires, les femmes sont invisibilisées et ce, au moment même où le hip-hop, qui ne devait être qu’une mode passagère, prend de l’ampleur en tant que phénomène artistique.

Sylvain Bertot, auteur spécialisé dans le rap, explore les raisons sociologiques et artistiques qui ont mis les femmes au second plan. Premières causes de discrimination : les contextes de création et représentation. La concurrence masculine y est féroce. Difficile de prendre d’assaut un open-mic ou une session studio lorsqu’en tant que femme, on est cantonnée aux tâches domestiques et familiales. C’est encore une réalité mais qui tend, heureusement, à s’estomper.

Cette misogynie se constate jusque dans les textes, dans lesquels on retrouve la dichotomie de la vierge et la putain, poncif habituel. Les violences envers les femmes sont un thème récurrent et font d’ailleurs écho à des faits divers bien réels de violences domestiques ou sexuelles, perpétrées par les rappeurs. Certains textes sont crus, décomplexés, construisant un imaginaire qui collera longtemps à l’idée que l’on se fait du Hip-hop.

Dans cette réalité, certaines tirent leur épingle du jeu et Sylvain Bertot les met en lumière avec cette anthologie. Par leur verve, leurs textes et leurs identités propres, elles se réapproprient des codes initialement établis par les hommes et réussissent à faire du rap un courant musical sans genre. Missy Elliott, Mary J Blige, Eve, et plus récemment Princess Nokia ou Cardi B, elles ont toutes, dans un style différent, revendiqué avec succès leur filiation au Hip-hop. Le pouvoir est désormais bien partagé et la place des femmes dans le Hip-hop, incontestable.
A l’heure où on interroge la sous-représentation des femmes dans l’industrie de la musique et le sexisme dans le milieu des musiques actuelles – un manifeste, le F.E.M.M, Femmes Engagées des Métiers de la Musique signé par de nombreuses artistes et professionnelles de la musique a été publié cette année -, il est bon de rappeler que les femmes ont-elles aussi œuvré pour la visibilité du Hip-hop. Cette sous-représentation n’est d’ailleurs pas que le fait du rap. Dans d’autres courants, les femmes sont une part plus faible des créateurs et diffuseurs. L’ascendance misogyne du rap est indiscutable mais ce sexisme n’est pas représentatif de toutes ses créations. Aujourd’hui, les mentalités, la société et même le genre en lui-même évoluent et décloisonnent une vision trop genrée de cette musique.

Sylvain Bertot – Ladies First, une anthologie du rap au fémininEditions Le Mot et le Reste – 288 pages, 21 €
Date de publication : 21 novembre 2019

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