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Symptômes, réflexions sur le soin

Symptômes, réflexions sur le soin

26 avril 2022 | PAR Laetitia Larralde

Avec une grande sensibilité, Catherine Ocelot aborde dans Symptômes, son nouvel album, le thème du soin du corps et de l’esprit. Une bande dessinée à classer dans les médecines douces.

Aujourd’hui, l’obligation de performance est partout. Nous devons réussir professionnellement, socialement, être épanouis et en bonne santé, et l’afficher. La maladie, physique ou mentale, devient alors une anomalie, un défi à relever. Mais que se passe-t-il en cas de mauvais diagnostic ? Si les soignants ne prennent pas en compte nos symptômes ? Si la médecine n’a pas de réponse à notre problème ?

Dans Symptômes, Catherine Ocelot explore les relations entre le corps et l’esprit, et comment les blessures de l’un se retrouvent dans l’autre. Que ce soit une angoisse qui dérègle le rythme cardiaque, un évènement traumatique refoulé qui s’exprime par une douleur physique ou tout autre problème que l’on n’écoute pas, on se rend compte ici de l’importance d’une approche globale de chaque individu dans le processus de soin. Car traiter un symptôme ne suffit pas si la cause profonde du mal reste intacte.

L’autrice se penche particulièrement sur une blessure plus commune qu’on ne le croit : la solitude. Dans nos sociétés hyper connectées, les liens entre les personnes semblent être constants, omniprésents. Et pourtant, pour certains, cette surabondance ne fait que renforcer le sentiment d’être seul. Membre d’un groupe de soutien des Solitudes Anonymes, l’alter ego de Catherine Ocelot tente de démêler les liens qui l’unissent aux autres, afin de retrouver des relations saines et apaisées. Mais c’est également sa relation avec elle-même qu’elle cherche à pacifier, car comme le dit l’un de ses médecins, « trop réfléchir, ce n’est pas bon pour le corps ».

L’autrice présente plusieurs causes de solitude, incarnées par différents personnages, qu’elle traite comme une maladie à soigner. Divorce, vieillesse, oubli de soi au profit des autres ou encore retrait volontaire de la société pour éviter de souffrir, personne ici n’est seul car il est mauvais, bien au contraire. Ces solitaires anonymes sont toutes des femmes, confrontées à des soignants majoritairement masculins, soulignant le biais qui existe encore de minimisation des douleurs des femmes. L’autrice insiste particulièrement sur l’importance de l’écoute des patients par les médecins pour éviter les diagnostics posés par habitude, et de l’écoute de soi.

Avec un dessin qui rappelle celui de Liv Strömquist, une mise en couleur délicate et un trait pointillé qui semble brodé, Catherine Ocelot traite son sujet avec douceur et poésie. Elle extrait des moments de vie pour en faire un patchwork où s’insèrent des pauses oniriques et de grandes compositions végétales, formant comme un tableau pointilliste. On referme l’album avec l’impression douce-amère d’avoir navigué entre les douleurs et angoisses de Catherine Ocelot, protégés au creux de ses bras. Peut-être est-ce en elle que nous lecteurs pourrons trouver la mère intérieure qu’elle recherche.

Symptômes, de Catherine Ocelot
288 pages, 25€ – Pow Pow

Visuels : ©Pow Pow, C.Ocelot

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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