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BD : Blaise, « terriblement » drôle

03 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

« Blaise » offre au lecteur une BD à base de collages (photos, dessins) « terriblement » drôle… au sens littéral du terme.

Dimitri Planchon, avec « Blaise », propose au lecteur un objet singulier, fait de photomontages aux – fausses – couleurs vives. La formule est simple et efficace : une page, une histoire.Mais au delà de la forme – originale s’il en est, déstabilisante et étonnante dans un premier temps, mais pas non plus exceptionnelle – c’est bien le contenu qui donne à « Blaise » toute sa force.

On rit en lisant l’opus 2 des aventures de Blaise, un jeune garçon qui tente d’exister dans la cour de récréation, pour qui l’adolescence n’est pas l’âge des revendications, des luttes, mais bien celui où il faut coute que coute s’intégrer « à la masse », se faire accepter. Mais on rit aussi des aventures de ses parents, des intellectuels – aux grosses lunettes – qui tentent de briller en société, de raisonner avec esprit… qui tentent.

Ici, un bon coup de projecteur est donné sur ces faux-semblants qui font le quotidien ; Dimitri Planchon croque la société avec justesse et humour. On rit de ces personnages dont les propos, les actions, renvoient – assez cruellement finalement – à notre réalité… Un petit goût amer fait son apparition quand on réalise que c’est aussi – un peu seulement on l’espère – de soi dont il est question.

Il y a beaucoup de cynisme dans cet album ; beaucoup de vérité aussi. La cruauté de certaines situations – toujours traitées avec humour – se trouve appuyée par la forme, par la façon dont sont représentés les personnages ; les visages sont figés, le plus souvent sur des expressions très neutres, ce qui donne le sentiment d’un détachement total, quelles que soient les situations. Jacques, le père, alors que des bombardements font rage à l’extérieur, ne pense qu’à cette erreur qu’il a faite en citant – pour décrire les couleurs générées par les explosions – un mauvais nom de peintre devant ses amis. Le pouvoir de la télévision est également doucement moqué, avec ce héros de série, un inspecteur de police qui passe son temps au bar et auquel il n’arrive rien, dont le spectateur ne peut décrocher, mais avec aussi cet intellectuel – revendiqué – polémiste, qui n’a en fait rien de polémique (toute ressemblance…)
Dimitri Planchon vise juste, pointant les contradictions qui agitent cette famille – et s’il n’était question que d’elles ! -, la bataille silencieuse entre grands principes et action, les petits lâchetés du quotidien. Car l’absence de réelles actions sociales, de revendications concrètes, c’est ce qui caractérise les parents de Blaise. Bien sur il faut manifester, revendiquer ses droits, ne pas accepter de voir ses libertés rognées peu à peu… Bien sur… sur le principe. « Blaise » fait donc rire, mais pas seulement… et c’est ce « pas seulement » qui lui permet de se démarquer et de rester dans les esprits.

« Blaise » de Dimitri Planchon chez Glénat

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Sonia Dechamps

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