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« Une Intime Conviction », entre fumée de cigarettes et quête de Justice

« Une Intime Conviction », entre fumée de cigarettes et quête de Justice

02 février 2019 | PAR La Rédaction

Ce film de procès doit tout à son interprète principale, Marina Foïs, qui prête ses traits à une mère célibataire obsédée par le procès d’un de ses voisins. Une plongée fascinante dans les lacunes de la Justice.

Par Mélanie Tillement

Une intime conviction. C’est ce qu’a Nora, cheffe d’un restaurant toulousain et mère célibataire de Philou, un petit garçon avec de bonnes joues pleines. Elle est sûre, non, certaine de l’innocence de Jacques Viguier, papa de trois enfants, accusé par l’amant de sa femme d’avoir tué cette dernière dix ans plus tôt. Alors quand celui-ci est tenu de comparaître une nouvelle fois au tribunal, le sang de Nora ne fait qu’un tour. Il faut dire qu’elle est proche de Jacques, dont la fille donne des cours de maths à son Philippe.

Nora jette son dévolu sur un grand manitou du barreau, un type comme on voudrait en avoir un pour nous défendre en cas de procès, et elle ne le lâche plus. Elle n’en a rien à cirer de le faire chier quand elle s’incruste sur son siège passager, quand elle toque à sa chambre d’hôtel en pleine nuit, quand elle inonde son vieux téléphone portable de textos.

L’affaire devient son affaire, une obsession envahissante et vorace dont l’appétit grandi au fur et à mesure de l’intrigue. Les heures creuses de son emploi du temps ne sont bientôt plus suffisantes à l’accomplissement de cette tache chronophage, ce qui la conduit à quitter son job et à délaisser son fils. C’est cela que signifie la mâchoire dure de Nora, sa ténacité, son côté pitbull… la vie d’un homme est en jeu, et elle s’est auto-investie d’une mission quasi divine à laquelle rien ni personne ne peut ni doit s’opposer : le sauver.

Marina Foïs est une actrice majeure dans le paysage cinématographique français. Elle partage avec Camille Cottin un caractère brut de décoffrage et une grande gueule, que ni l’une ni l’autre n’hésitent d’ailleurs à ouvrir quand il le faut. En incarnant cette femme déterminée, Marina Foïs ajoute une nouvelle épaisseur à ce qui est en train de devenir une persona à part entière : celle d’une nana franche, au parlé parfois vulgaire, pince-sans-rire et tête brûlée. Une gonzesse entre la copine charismatique mais chiante et la tante borderline. Depuis son premier rôle grand public dans Papa ou Maman, elle a consolidé et développé ces traits de caractère récurrents via les incarnations successives de divers personnages. À la voir enchaîner les cigarettes comme dans un film noir des 40’s, filmée de profil, casque sur les oreilles pour éplucher les centaines d’heures d’écoute téléphonique enregistrées sur le mobile de l’amant, son talent et sa présence deviennent une évidence. Avec sa mâchoire carrée à la Linda Hamilton et ses yeux d’un bleu polaire, elle avait tout pour devenir une actrice avec un « A » majuscule, aussi à l’aise dans les comédies populaires que les drames intimistes. C’est chose faite via ce film de procès réalisé par Antoine Raimbault, passionné de justice dont c’est le premier long-métrage.

Il manque à Une Intime Conviction l’élan romanesque de La Vérité ou la mise en scène virtuose de Douze Hommes en Colère, mais le cinéaste a su instaurer une ambiance sonore oppressante et omniprésente grâce aux extraits des conversations téléphoniques. Ils ajoutent à cette vision documentariste une envergure de cinéaste. On regrette tout de même le plaidoyer de l’avocat de Viguier, Eric Dupont-Moretti (Olivier Gourmet), un peu long.

Une Intime Conviction, Antoine Raimbault, en salles le 6 février 2019

Visuel : © Memento Films Distribution

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