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Wanderlust: le petit joyau de la BBC qui décortique le couple

Wanderlust: le petit joyau de la BBC qui décortique le couple

08 novembre 2018 | PAR Marine Sulitzer

La BBC One et Netflix se sont lancés dans la production Wanderlust, une dramédie drôle, poétique et émouvante qui narre les péripéties amoureuses ubuesques d’un couple marié depuis 20 ans.

Emmené par la merveilleuse Toni Colette et le toujours très juste Steven Mackintosh, Wanderlust nous plonge dans le quotidien d’une famille bobo glaçante de normalité. Joy et Alan, respectivement psychanalyste et prof vivent dans un bel appartements bourgeois rempli de livres et de couleurs et sont entourés d’une tripoté d’enfants bien élevés. Le hic? Marié depuis 20 ans, le couple peine à avoir un rapport sexuel. Joy va alors proposer à son époux de pimenter leur mariage en allant chercher ailleurs ce qui leur fait défaut, le sexe. Mise en scène sous la forme de 6 épisodes, Wanderlust avait d’abord fait sensation sous la forme d’une pièce de théâtre. L’auteur, Nick Payne, s’était alors distingué pour If There Is I Haven’t Found It Yet, pièce auréolée du prix George-Devine qui récompense les auteurs de théâtre britannique les plus prometteurs.

Mettons carte sur table. La multitude de portraits croisés, tout en contraste, de cette fable maritale à la fois hilarante et poignante, philosophique et aérienne, commune et singulière, est époustouflante. Non content de nous régaler des ébats sexuels hors mariage de nos quinquas, qui au fil de leurs danses nuptiales reprennent du poil de la bête, l’auteur nous offre une palette de personnages secondaires aboutis et indispensables. Zawe Aston rafraîchissante et trébuchante dans le rôle de Clair, la maîtresse de Alan, Royce Pierreson puissant dans la peau d’un patient de Joy et enfin Anastasia Hille, la voisine envahissante qui noie sa solitude dans la quête de la pâtisserie parfaite.

Mais la vedette de la série reste Toni Colette, majestueuse dans la rôle de Joy, psychanalyste spécialisée dans les relations conjugales et elle même à côté de la plaque niveau relations humaines. Avec l’hilarant Muriel’s Wedding de P.J Hogan et Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris, l’on savait l’actrice capable de jouer la beauté comme la laideur avec un naturel déconcertant. Mais c’est surtout dans United States of Clara, l’excellente série créée par Diablo Cody et produite par Steven Spielberg en 2009, que l’étendu du talent de caméléon de Toni Colette prend tout son sens. Atteinte d’un trouble dissociatif de la personnalité, l’on suit Tara, une mère de famille épouser la casquette d’ado hystérique, d’un vétéran du Vietnam pervers et alcoolique ou encore d’une psy hippie. Ici pas de changements aussi radicaux, mais de sérieux troubles qui la font passer d’états de grâce lumineux à des instants de désespoir traumatiques hideux et troublants à voir.

C’est avec beaucoup d’émotion et d’interêt que le spectateur se plonge dans les différentes séances thérapeutiques que confère Joy, elle même suivit par une consoeur. Cette mise en perspective psychanalytique d’un mariage libre, de problèmes de couples plus traditionnels ou encore des conséquences de la perte d’un être aimé apporte une profondeur inédite à chaque épisodes. La mise en scène presque organique de chaque film transpose le décors dans notre salon, dans notre vie, dans notre cerveau qui surchauffe au rythme d’une bande son jazz-rock absolument démente. On y pense, on vibre, on a la chair de poule, on danse, on désir, on aime, on fait une thérapie, on pleure aussi… Quand le cinema, parce que oui, on est clairement dans le septième art, célèbre la vie avec autant de panache, de justesse et de singularité, on applaudit.

L’intégralité de la série Wanderlust est à regarder des à présent sur Netflix.

visuel: affiche de la série

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