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La Servante écarlate, saisons 1-3 : June une résistante des temps modernes !

La Servante écarlate, saisons 1-3 : June une résistante des temps modernes !

21 mars 2020 | PAR Jean-Christophe Mary

 

Dans une société totalitaire au très bas taux de natalité, les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent et les Servantes dont le rôle est la reproduction. Bienvenus dans la  République de Gilead !

Tiré du roman de Margaret Attwood,  la série suit le destin de June (Elisabeth Moss) devenue malgré elle une Servante, une femme cantonnée dans un rôle de reproduction, dans ce qui fut autrefois la ville de Boston. June va lutter pour sa survie et combattre la secte politico-religieuse fondamentaliste crée par les Fils de Jacob et tenter de retrouver sa fille, Hannah. Le scénario décrit la transformation de la société américaine en une dictature religieuse après qu’un événement mondial catastrophique dont on nous donne peu de détails se soit abattu sur les U.S.A. L’univers des principaux héros se trouve à jamais bouleverser par la dictature des hommes de Gilead, des pervers prêts à tout pour asseoir leur vision du monde. Utilisé à plusieurs reprises dans la littérature, d’Edgar Allan Poe à Stephen King, le terme Gilead fait référence à Galaad dans la Bible. Gilead est, d’abord, le nom de l’un des descendants de Jacob : Galaad est l’arrière petit-fils de Joseph, fils de Jacob. Dans l’Ancien Testament, Rachel, épouse de Jacob, ne pouvant être enceinte, demande à son mari de coucher avec sa servante Bilha pour lui donner des enfants, et c’est cette histoire même qui a inspiré à la secte des Fils de Jacob le rituel de la Cérémonie pratiqué dans The Handmaid’s Tale, soit le viol programmé de la Servante par le Commandant en présence de son Épouse. Cette vision apocalyptique du christianisme fait échos aussi l’islamisme radical. Ici les femmes s’habillent de la même façon, n’ont pas le droit de conduire, d’avoir de sexualité. Mains tranchées, lapidation à mort, pendaison, viols pour enfanter, les châtiments sont d’une cruauté extrême. Tensions, intrigues, on est saisis par le rapport de force entre les différentes castes, entre les différentes femmes. Au fil trois saisons, June va devenir la figure de la rébellion et de la résistance : machiavélique, sacrifiant certains de ses soutiens pour arriver à ses fins à en devenir une même anti-héroïne avec des choix égoïstes. Serena Joy Waterford (Yvonne Strahovski) la femme du commandant Waterford (Joseph Fiennes) l’un des bâtisseurs de ce système totalitaire et vicieux, hésite elle entre le soutien au système de Gilead et son rôle de mère : ses relations avec June n’en sont que plus ambivalentes, voire malsaines. Le jeu des acteurs, le traitement de l’image, les gros plans sur June, l’excellente bande son ( Springsteen, Santigold, Commodres U2, Nick Lowe, Mazzy Satr, Jefferson Airpalne pour ne citer qu’eux …), tout est millimétré au cordeau pour traiter cette histoire à la manière d’une fable philosophique des temps modernes. Sans faire de comparaison avec l’arrivée au pouvoir de Trump, Poutine, Orban Bolsonaro ou Erdogan, ici le réalisme de la série fait vraiment peur. Il se pourrait bien que l’on soit amené à vivre dans un tel monde plus vite que l’on ne croit. Nul doute que d’ici quelques années, cette excellente série soit inscrite dans les programmes scolaires afin de mettre en garde sur les dangers des pouvoirs dictatoriaux et principalement ceux qui se revendiquent de dogmes religieux. Un show impressionnant fortement recommandé.

En bonus « Du scénario à l’écran » : Les coulisses du tournage, avec les interviews de showrunner Bruce Miller, les productrices exécutives Elisabeth Moss, Ann Dowd et Madeline Brewer, et le réalisateur des épisodes 1 à 3 Reed Morano

« Espoir à Gilead » : Un décryptage du phénomène planétaire The Handmaid’s Tale, et les parallèles entre l’univers de la série et le contexte politique actuel.

Jean-Christophe Mary

Acteurs : Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Alexis Bledel, Madeline Brewer

Réalisateurs : Mike Barker, Amma Asante, Colin Watkinson, Dearbhla Walsh, Daina Reid

Studio : MGM / United Artists

 

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