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« La Foire aux vanités » : de retour en DVD, et meilleure que bien des séries actuelles

« La Foire aux vanités » : de retour en DVD, et meilleure que bien des séries actuelles

27 février 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Vingt ans après sa première diffusion à la BBC, cette adaptation, sur un peu plus de cinq heures, du célèbre roman de William Makepeace Thackeray fait toujours un effet saisissant. Entre beauté de la reconstitution, tourments de l’âme et fenêtres ouvertes sur le texte original, elle emporte.

L’édition DVD de la série en six épisodes La Foire aux vanités fait ressortir l’une des grandes qualités de cette adaptation : son attention au style d’écriture de William Makepeace Thackeray. Au détour de scènes dialoguées brillantes, des répliques nous saisissent : est-ce la charge émotionnelle qu’elles suggèrent ? l’époque à laquelle elles font référence ? Toujours est-il que la substance du roman semble bel et bien présente : cette série produite par la BBC ne s’en tient pas qu’au scénario.

Ce dernier, véritable montagne russe chargée de sentiments et de sens, invite ses spectateurs à un voyage fou, dans la Grande-Bretagne du début du XIXe siècle. La figure centrale est Becky, jeune tête folle pleine de ressources (incarnée par Natasha Little, splendidement juste et séduisante). Chargée d’illusion au sortir de ses jeunes années, jugée tout de suite par le monde autour d’elle pour son manque d’argent, elle traverse plusieurs milieux, déployant à chaque fois toutes ses capacités pour survivre. Altière et forte au cœur de la campagne anglaise boueuse, au service d’un seigneur décrépit, ou rayonnante dans son salon bourgeois, pour séduire un noble influent, à même d’entretenir sa famille, elle étonne à chaque instant. Son amie, Amelia (Frances Grey, émouvante), mieux née, traverse aussi des tourments fous et d’étonnants moments, montrés avec finesse, sans effets tragiques appuyés. D’une richesse fantastique, et soutenu par un rythme passionnant, ce récit très fort – qui peut tenir la comparaison avec toutes les séries qui ont débuté en 2017 et 2018 – parle au cœur et à l’esprit, cinq heures durant.

La teinte grise des images, pas trop embellie par le format DVD, sert le travail artistique : les décors et le cadre demeurent peints à hauteur humaine, et n’écrasent pas l’histoire. La besogne effectuée par Koba Films (site ici, Facebook ici) sert l’oeuvre, disponible à nouveau dans les backs depuis le 18 octobre. La réalisation, sobre, n’étouffe pas le récit non plus. Tout en se permettant quelques audaces… Inutile de préciser aussi que les interprètes sont tous exceptionnels, tous littéralement habités par leur rôle. La quantité de registres qu’ils traversent tous, ainsi que leurs physiques, peu communs pour certains, impressionnent.

On plonge sans aucune difficulté dans cette histoire à la suite de celles et ceux qui l’incarnent. Un récit qui mériterait de se placer parmi les séries tv les plus suivies. Et il n’y a pas jusqu’aux personnages secondaires, ou aux figures les plus abîmées ou extravagantes – telles le seigneur Crawley, campé par l’impressionnant David Bradley – qui ne soient passionnantes. A leur image, cette série réunit des qualités vraiment exceptionnelles.

Visuel : © BBC / Koba Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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