Cinema

« Butterfly Kiss » à redécouvrir en DVD, avant le retour de Michael Winterbottom

« Butterfly Kiss » à redécouvrir en DVD, avant le retour de Michael Winterbottom

27 février 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Alors que le réalisateur britannique risque-tout tourne, de façon désormais officielle, son prochain film au Rajasthan, avec Dev Patel et Radhika Apte, son premier fait d’armes sorti dans les salles françaises est revenu.

D’emblée, dans Butterfly Kiss, ce ne sont pas les tentatives de forme de Michael Winterbottom qui marquent le plus, mais plutôt la capacité de notre cinéaste à filmer les bords des routes britanniques, tout gris. Au début de ce film au ton pas commun – le premier de son auteur à avoir été découvert par le public des salles françaises, en 1996 – deux femmes errent. L’une d’elles, Eunice, est une meurtrière folle aux allures de vagabonde joviale. Elle hante les stations-service sinistres, tuant ceux à qui elle s’adresse. Et bientôt, elle s’amourache d’une jeune fille un peu perdue, marginale à la vie un peu plus carrée, mais pas satisfaisante. Démarrant comme une sorte de drame suspendu, à l’atmosphère ténue et un peu mystérieuse, Butterfly Kiss devient vite une balade avec l’amour et la mort, ponctuée d’échappées légères et de quelques moments de peur.

C’est un film qui vaut avant toutes choses pour le jeu de son interprète principale, Amanda Plummer. Dans sa peau de personnage énigmatique, tueuse folle et joviale un peu mystique, elle fascine. Remarquée au fil des années 90 pour ses rôles dans Fisher KingFreeway, ou Pulp Fiction, où elle était Honey Bunny, elle impose ici une personnalité assez inoubliable. C’est elle qu’on suit, c’est à elle qu’on s’attache. En se méfiant : dans certaines scènes, on sent qu’elle va aller trop loin. On prend peur alors. Placée au centre de l’oeuvre, elle est celle autour de laquelle tout le monde décrit gravite. Et elle reste porteuse d’un mystère plutôt stimulant, et de sentiments très étranges. Sur ses pas, le film traverse plusieurs thématiques : l’amour et les obsessions qui l’accompagnent, bien sûr, l’homosexualité, mais aussi la croyance religieuse, amenée d’une manière assez curieuse. La forme du film, brève, un peu énigmatique et assez marquante, pose question : que veut dire l’artiste ? Peint-il une part de lui-même, à travers ce monde qu’il donne à voir ? Peut-être bien. Porteur de suspense, et de situations tragiques, Butterfly Kiss reste avant tout intelligent. Et en même temps, assez insaisissable.

A sa sortie en France, le film avait été interdit aux moins de 16 ans. Très exagéré : sa violence est bien plus suggérée que graphique. La restauration proposée par Outplay (site ici, Facebook ici), et disponible dans les backs depuis le 5 septembre, rend compte des nuances qui habitent ce travail. Et étonnamment, la mise en scène aussi se fait discrète, pas appuyée, pas porteuse d’effets chocs. Belle, parce que simple, juste et humaine. Désireuse d’inviter les spectateurs à une rencontre avec un être étonnant, pas commun. Avec, face à lui, une interlocutrice assez éberluée, jeune femme amoureuse fascinée et terrifiée : dans le rôle de la partenaire d’Amanda Plummer, Saskia Reeves sait imposer sa justesse. Et se poser beaucoup de questions, face caméra. Plus de vingt ans après sa réalisation, Butterfly Kiss sème encore un peu le doute. Sa petite musique bizarre et marquante, bien plus forte que les quelques tubes pop-rock qui viennent émailler sa bande originale (ceux des Cranberries, notamment), et qui lui avaient servi d’argument de vente, lors de sa sortie en France, alors que le nom de Winterbottom était ignoré de tous.

L’édition DVD/Blu-Ray de ce film fait la part belle aux critiques du magazine Positif, Yann Tobin et Michel Ciment, qui livrent leur point de vue sur l’oeuvre, entre aujourd’hui et 1996. Des propos passionnants, qui offrent un éclairage pointu sur la forme du film, très cohérente mais un peu insaisissable au premier abord.

Visuels : © Couverture du DVD / Affiche originale française de Butterfly Kiss lors de sa sortie en salles

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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