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Real Steel : un parcours du combattant

Real Steel : un parcours du combattant

17 octobre 2011 | PAR Olivier Handelsman

Les studios Disney ne cesseront jamais de nous impressionner. Déjà pionniers à l’ère du dessin animé d’avant-guerre, leur technique cinématographique n’a cessé d’inventer de nouvelles manières d’émerveiller les enfants, jusqu’à ce jour avec l’aide des studios Pixar. Et beaucoup des films Disney non-animés sont entrés dans l’histoire, comme Un amour de coccinelle, Mary Poppins ou plus récemment Pirates des Caraïbes. Mais il faut reconnaître que le live-action n’est pas le fort de Disney Pictures, malgré le renfort d’acteurs en état de grâce et de Steven Spielberg en producteur délégué. Real Steel est une fable commerciale de plus, surfant sur la vague des films de robots tels que Iron Man ou Transformers, à une seule lecture mais aux nombreux défauts.

 

L’idée principale de Real Steel est audacieuse : un univers situé dans un futur proche, c’est-à-dire où pas grand chose n’a changé, si ce n’est que la robotique est mieux maîtrisée que jamais, et que les êtres humains eux ne se sont pas améliorés. A ceci près que les sports de combat humains, jugés trop dangereux, sont désormais illégaux. C’est donc tout naturellement que la culture jeux vidéo, le potentiel surhumain des robots et le besoin constant des esprits masculins de s’affronter font émerger une mode des combats d’androïdes aux frappes dévastatrices.

Ambush le rouillé

2020, Amérique profonde. Charles « Charlie » Kenton (Hugh Jackman) est un pilote de robot alcoolique sillonnant les États-Unis, promenant le géant d’acier Ambush de foire en fête foraine dans son deux-tonnes. Avec sa manette de la taille d’un clavier d’ordinateur, il manipule un monstre toujours plus fatigué par des combats où chaque coup fait trembler la terre. Le combat de trop se produit inévitablement, et Charles est endetté jusqu’au cou. L’ambiance rodéo et le choc de l’acier contre l’acier se dérobent lorsque la nouvelle de la mort de son ex-petite amie tombe, et que la question de la garde de leur fils, qu’il n’a jamais vu, le rappellent à de bien plus réalistes devoirs. La cour du Texas doit statuer sur la garde de Max Kenton (Dakota Goyo), 12 ans, qui semble être un mélange de  Justin Bieber, Denis la Malice et John Connor (Terminator II).

Noisy Boy l’incompris

L’oncle et la tante maternels de Max souhaitent l’adopter, mais le protagoniste a bien l’intention de monnayer sa signature. Charlie accepte de « prendre soin » de l’enfant et s’engage à le rendre après trois mois. En retour il exige 100.000 dollars pour se relancer dans le monde des combats de robots. Désormais flanqué d’un préadolescent grincheux et insolent, il rejoint à New York sa petite amie Bailey (Evangeline Lilly), mécanicienne et fille de l’ancien entraîneur de boxe de Charlie. Soucieux de l’effet de surprise, il dévoile son nouvel achat : le robot japonais Noisy Boy, une légende du milieu, que Max idolâtre. Mais Noisy Boy ne répond qu’aux commandes vocales en japonais, que l’enfant parle à la perfection soi-disant grâce aux jeux vidéos qu’il télécharge illégalement. Max semble par ailleurs pouvoir comprendre (et peut-être communiquer) avec les robots.

Midas l’orpailleur bougon

Alors que Max semble trouver son utilité dans l’affaire de Charlie, le pilote s’engage dans un combat titanesque contre le robot Midas, un hoplite doré qui le met au tapis et en morceaux avec une facilité déconcertante. Cette défaite dans les bas-fonds ne leur inspire plus qu’une seule échappatoire : dérober de nuit des pièces détachées dans une décharge immense. Max fait alors la découverte d’un vieux robot (un génération 2 de 2014), Atom, ne payant pas de mine de par sa fonction originelle de punching-ball pour les vrais champions. Cependant Atom est doué d’un système de reconnaissance (« Shadow »), qui reproduit instantanément les mouvement d’un ennemi ou d’un allié, tel une ombre.

Atom l’escrimeur

En greffant les meilleures fonctionnalités d’Ambush et de Noisy Boy à Atom, Max et Charlie atteignent enfin leur but : enchaîner les victoires, progresser dans les différentes ligues, jusqu’à ce qu’ils soient finalement invités à participer à un match de la World Robot Boxing (un clin d’œil à la World Wrestling Entertainment, sans doute pour profiter de la passion croissante de nombreux jeunes garçons à travers le monde pour le catch). Mais ils savent que le sommet est gardé par Zeus, un monstrueux ogre mécanique géré par la glaciale Farra Lemcova et l’arrogant Tak Mashido.

Zeus le courroucé

Ce film n’a rien à envier aux meilleures productions Paramount, Warner Bros ou Legendary Pictures en termes d’effets spéciaux. La musique de Danny Elfman est toujours aussi prodigieuse, mais elle recycle tellement de thèmes éculés qu’elle en devient écœurante. Appliquez-y un scénario Disney 2010, et tout s’effondre. Les sentiments humains, les valeurs, la cohérence et l’originalité ont été sacrifiés au réalisme, aux effets spéciaux et aux cachets des acteurs. Des scènes d’un ridicule achevé côtoient des images superbes sans jamais sortir du cliché du film violent pour enfants. Il serait même malaisé de dire que le sujet a été mal traité : les acteurs, jusqu’à Hugh Jackman, parviennent tous à jouer aussi mal que le scénario le requiert.

Mais le plus perturbant reste à venir. Mention spéciale à l’orgie de publicité à laquelle est convié le jeune public. Le film, qui presque déjà remboursé son budget faramineux de 110 millions de dollars depuis sa sortie en salles en Australie et en Amérique du Nord (6-7 septembre), a dû démarcher tellement de sociétés que le product placement n’a même plus de vocation subliminale. Lancé par la chaîne Syfy, Real Steel impose sans vergogne ses partenariats avec ESPN, Smart, Mercedes, Cadillac, Budweiser, Coca Cola, Microsoft (avec l’hypothétique Xbox 720), Prise, Capital One, Del Taco, Sprint, Bing, Dr Pepper, le légendaire casque Dr. Dre, Hewlett Packard (en smartphone du futur) et Nokia. Prière de nous excuser de ne pas avoir réussi à toutes les consigner, l’intrigue étant suffisamment simple pour n’être comprise qu’en naviguant de marque en marque.

N’hésitez pas à aller voir Real Steel en famille pour un bon divertissement ; ou à la rigueur entre une partie de jeu vidéo et un match de catch.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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