Cinema

No country for an old man : Les Frères Coen spaghettisent le massacre américain [Réedition]

No country for an old man : Les Frères Coen spaghettisent le massacre américain [Réedition]

09 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Sorti en 2007 et oscarisé à 4 reprises, le film culte No country for an old man ressort en salles dans une version remastérisé. Le moment idéal pour (re)découvrir ce chef d’oeuvre des Frères Coen qui se révèle d’une grande finesse et qui tient en haleine du début jusqu’à la fin de la projection. Sans grands spoilers, il est néanmoins préférable d’avoir visionné le film avant de se lancer dans la lecture de l’article pour conserver l’effet de surprise intact que propose cette expérience cinématographique.

Un jeune homme sans sentiments, qui a tué une jeune fille de 14 ans, échappe à la condamnation à mort et ère sur ce long désert qu’est l’Amérique. Dans cette quête initiatique, il y a une justification perpétuelle au massacre de l’Homme. Anton Chigurh (interprété magistralement par Javier Bardem) est un personnage très rationnel, totalement dans l’esprit du temps et finalement son processus n’est pas anomalistique pour autant. Toute la complexité du personnage se situe là, il fait partie des hommes dangereux qui appliquent leur raisonnement sensé à la lettre. Ce raisonnement froid et rationnel qui peut tout justifier et qui ne supporte ni l’autre ni la contradiction.

Dans une Amérique où l’argent roi fait loi morale, tout le drame se situe dans la mallette, cette valise qui rend les hommes fous et avides. Il y’a une vraie noirceur dans un monde où tout peut s’acheter ou se négocier, les interactions sociales sont bouleversés et le don est un acte d’une telle gratitude qu’il parait inconcevable. Dans ce western moderne, les codes sont finalement semblables qu’on se balade dans le désert ou dans le paysage urbain, il y’a une loi du plus fort qui prédomine.

Tout le film tient dans son rythme superbement instauré par les frères Coen qui instaure une tension permanente aux spectateurs, l’imprévu est de mise dans des dialogues chiadés et absurdes. On n’oublie pas de rire jaune avec un humour noir fin et de savourer les images avec une belle violence qui projettent de magnifiques tableaux sanguins et saignants.

Les institutions (police, douane…) sont finalement prises de cours face à un mal sociétal qui les dépasse et qui les rend aveugles de la part de monstruosité que contient chaque homme. Car dans chaque individu, il y’a un Anton Chigurh qui sommeille et qui est prêt à se réveiller si tout code social et toute loi morale est outrepassée pour la personne, la rationalité absolue est une potentielle folie qui peut dévorer l’homme moderne.

No country for an old man
Réalisation : Joel et Ethan Coen
Avec : Javier Bardem,Tommy Lee Jone,Woody Harrelson, Kelly Macdonald.
Durée : 2H02

Crédit images©MIRAMAX

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