Cinema

[L’Etrange Festival] « The Tribe » : le langage tue. Même chez les sourds-muets d’Ukraine

[L’Etrange Festival] « The Tribe » : le langage tue. Même chez les sourds-muets d’Ukraine

11 septembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Grand Prix de la Semaine de la Critique au dernier Festival de Cannes, ce premier film signé par un nom à retenir, Myroslav Slaboshpytskiy, s’avère assez percutant. Des interprètes sourds et muets. Pas un dialogue : tout se fait en langage des signes. Sans sous-titres. Percutant, surtout lorsque le film se concentre sur les gestes. Parfois, la critique sociale y prend trop de place…

[rating=3]

The tribeUn plan fixe, cadrant un arrêt de bus, où un jeune homme demande son chemin. La caméra nous permet de capter les réactions de toutes les humanités présentes. On aime. Un plan-séquence suit : le jeune homme marche, avec ses valises, vers des bâtiments perdus au milieu des arbres. On les croirait hantés, ces lieux. On aime. On apercevra bientôt ceux qui occupent la cour : les élèves d’un centre pour sourds et muets, et l’équipe qui les encadre. L’atmosphère apparaît joyeuse.

Cette équipe sensée encadrer, on la verra bien peu travailler au cours des deux heures dix du film. Sauf lorsqu’il s’agit d’envoyer des pensionnaires en Europe. Des filles, bien entendu… Dans The tribe, l’Ukraine actuelle se fait éreinter. Dans ce pays où la corruption peut se trouver partout, le langage des signes, que l’on voit à l’œuvre, enferme au lieu de libérer. Les forts s’en servent afin d’imposer leur loi au sein de la tribu. Les supérieurs, dans ce centre, ce sont les garçons les plus charismatiques. Les gestes se font durs, tendus : des ordres sont donnés. Résistance ou opposition ne peuvent avoir lieu que par le combat au corps-à-corps. Ou par le cri. La scène la plus dure du film se trouve justifiée à ce titre.

The tribe 2Dans cet établissement, le langage des signes est utilisé à des fins illégales. Les trafics sont légion. Les meilleures scènes du film sont celles qui s’attardent sur les gestes, qui les donnent à voir. D’autres séquences apparaissent moins originales. C’est que notre nouvel arrivant, vu au début, a un rôle majeur dans toute cette histoire. Face à une telle situation, son positionnement est obligatoire. Il emmène parfois le film sur des chemins trop balisés… Même si sa partenaire, Yana Novikova, arrive à être très émouvante. On préfère voir la technique cinématographique repasser au premier plan. Les plans-séquences de Myroslaw Slaboshpytskiy, à la poursuite de ces sourds-muets égarés, ou, à d’autres instants, mortellement décidés, sont les plus à même de traduire la dureté de cette situation. Le talent du réalisateur vaut tous les discours. On l’attend donc dans un autre film, toujours politique, mais davantage dans la suggestion…

The Tribe, un film de Myroslaw Slaboshpytskiy avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova. Durée : 2h10. Sortie le 1er octobre.

The tribe sera rediffusé dans le cadre de l’Etrange Festival, le samedi 13 septembre , à 19h30.

Visuels : © Droits réservés

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