Cinema

[Étrange Festival 2018] « Perfect Skin », assez convaincante odyssée dans un corps modifié

[Étrange Festival 2018] « Perfect Skin », assez convaincante odyssée dans un corps modifié

14 septembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Le premier film de Kevin Chicken, présenté en Compétition Internationale à l’Étrange Festival 2018, présente assez de maestria visuelle pas gratuite et de thèmes forts pour qu’on lui pardonne un peu ses défauts.

[rating=3]

Perfect Skin est un film qui prend place, au départ, du côté de la vie nocturne londonienne, de la musique Liam Howlett (membre principal de The Prodigy, dont l’un de ses morceaux, retravaillé, accompagne le générique), et des corps qui aiment se faire transformer. Le tatoueur Bob (Richard Brake, inquiétant et terriblement humain) est de ceux qui peuvent rendre ces désirs-là réels. Par hasard, il croise la route de Katia (Natalia Kostrzewa, intense), jeune polonaise un peu fêtarde, mais surtout un peu perdue. Fasciné par sa peau, l’expert en tatouages décide de se servir d’elle pour réaliser une grande oeuvre…

Ce premier film dirigé par Kevin Chicken (qui signe là avec son véritable patronyme), présenté en Compétition Internationale à l’Étrange Festival 2018, est porteur de thèmes intéressants, et sait prendre le temps de les développer. Si les articulations de son scénario ne sont pas extrêmement originales, ses scènes de dialogue, qui explorent le rapport entre artiste extrême et modèle au sein du domaine des corps transformés, demeurent vraiment intéressantes : le personnage de Bob, fou et hélas un peu fascinant, à tout le loisir d’y exposer les théories et obsessions qui le poussent à agir comme il le fait.

On remercie au passage le film d’avoir su styliser ses protagonistes : le sombre Bob ressemble, à certains moments, à un personnage de film d’horreur, et les rebondissements du film pourraient se rapprocher de ce genre-là, également. Choix parfait pour éviter la complaisance… Si certains passages, certaines situations auraient pu donner lieu à des effets plus vertigineux, le film sait ne pas tomber, d’un autre côté, dans le malsain : il sait à la fois rester ludique, et intéressant au niveau de ses thèmes.

Bob est un fou, donc. La caméra suit l’oeuvre qu’il édifie progressivement en se servant de Katia, en des plans maîtrisés, qui ne lésinent pas sur les fondus enchaînés. On a le temps d’apercevoir la beauté des dessins, mais pas de demeurer fascinés : très bon équilibre. Le récit, étendu sur une heure trente-sept, trouve son rythme ainsi : entre ingrédients de polar horrifique, et thèmes profonds, présentés de manière fouillée. Maîtrisé, Perfect Skin arrive à peindre un processus de transformation opéré sur un corps, de façon ouverte, en posant des questions, et en ne tétanisant pas. Ainsi, quand il choisit tout à coup de très brièvement plonger dans une scène relevant du rituel SM, par exemple, il le fait avec une très bonne distance. Il a en vérité, pour l’aider dans cette tâche, des personnages très bien peints, et des interprètes remarquables d’humanité. Au sein de ce vingt-quatrième Étrange Festival, qui continue jusqu’au dimanche 16 septembre, le britannique Kevin Chicken s’affirme donc comme un réalisateur à bien suivre.

Perfect Skin, un film de Kevin Chicken. Avec Richard Brake, Natalia Kostrzewa, et Jo Woodcock. Durée : 1h37. Interdit aux moins de 16 ans.

*

Visuel 1 : © Kew Media Group / Perfect Skin Productions

Visuel 2 : détail de l’affiche du film Perfect Skin

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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