Cinema
[Entrevues 2016] Melvil Poupaud invité « Fabbrica » d’une 31e édition du Festival du Film de Belfort

[Entrevues 2016] Melvil Poupaud invité « Fabbrica » d’une 31e édition du Festival du Film de Belfort

27 novembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Ce samedi 26 novembre s’ouvrait la 31 édition du Festival du Film de Belfort. Tandis que Melvil Poupaud présentait un film d’ouverture joueur de Pascal Thomas, L’heure zéro (2007), l’annonce de la programmation de cette année 2016 était plus qu’alléchante. Une véritable fête du cinéma pour toute la famille, une compétition internationale défricheuse et une invitation à s’aventurer par plusieurs chemins dans paysages les plus exigeants du cinéma, à vivre à Belfort toute cette semaine, jusqu’au 3 décembre 2016.

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C’est sous un ciel pommelé et un soleil d’hiver rougeoyant que nous avons fait notre entrée dans la ville du Lion. Au Pathé de Belfort, le Festival battait son plein, avec une sécurité nécessairement renforcée à l’entrée et une moyenne de 3 films projetés par créneau horaire.
Nous avons commencé par un des films phares du cycle « Remakes » : La chienne, de Jean Renoir (1931) qui a donc été repris par Fritz Lang avec La rue Rouge (1945). Commençant sur le mode du théâtre de guignol, le film reprend le principe du triangle amoureux pour nous faire entrer avec humour et mordant dans le quartier de Barbès. Un caissier dans une maison de bonneterie (Michel Simon, jeune, grand, irrésistible et nigaud) et sagement marié à une marâtre, s’entiche d’une femme de petite vertu (Janie Marèse), elle même sous la coupe d’un gigolo (extraordinaire Georges Flamant). Le gigolo a l’idée de faire mousser les tableaux du dimanche du grand dadais en les faisant passer pour des œuvres rares d’une grande peintre américaine… Pinçant juste dans une réalité psychologique et sociale, ce chef d’œuvre de Renoir n’oublie jamais de rester humain : ni dans ses plans généreux sur les visages, ni dans la suggestion des sentiments qui animent la ronde classique et populaire du triangle amoureux. Quelques rebondissements viennent nous surprendre et l’on reste vraiment soufflé, en attente urgente de voir comment Fritz Lang a pu tenter de refaire une pièce aussi maîtresse du Cinéma Français. Réponse, ce dimanche, toujours dans le cycle « Remakes ».

En fin de journée, changement d’ambiance et d’époque, avec un film rare et troublant de Jacques Doillon qui compte parmi les premiers de Melvil Poupaud, nommé meilleur espoir pour ce rôle (aux côtés de Judith Godrèche). La fille de quinze ans (1988) réinvestit à la fois le triangle amoureux et le décor mythique d’Ibiza, mais avec le malaise d’un père et d’un fils de 14 ans qui aiment et désirent tous deux ladite « Fille de 15 ans » du titre. Face à une mer à pic et sauvage, le trouble s’installe avec une sensualité folle et des dialogues percutants, tandis que le réalisateur parvient à incarner lui-même son personnage de père amoureux de la fiancée de son fils, sans jamais tomber dans le cliché de l’ogre ou du père de la horde. C’est plutôt la démission d’un homme qui a eu 20 ans en 1968 et demeuré angoissée et fébrile qu’il incarne, tandis que les jeunes n’apparaissent jamais vraiment comme des victimes, face à ce père-enfant lui-même. On n sort songeur…

Quelques minutes après avoir laissé Melvil Poupaud à 14 ans dans les bras de la toute jeune Judith Godrèche, il est troublant de le retrouver en chair et en os, 30 ans plus tard, parler lors de la cérémonie d’ouverture. Après une belle présentation du Festival et de son équipe par le Président de l’association Cinémas d’aujourd’hui, Gilles Levy, des discours des représentants politiques de la ville, la région et la culture, la déléguée générale du Festival, Lili Hinstin est venue présenter son point de vue engagé : Que peut le cinéma dans des temps aussi violent que les nôtres ? Sa voix, son énergie et son extraordinaire programmation ouverte à divers public nous ont convaincus que l’accès du dialogue avec l’autre que permet le cinéma. Et que l’envie de découvrir des mondes et des œuvres hors du circuit super marketé du cinéma mainstream sont des aspirations pleines de sens qu’Entrevues vient nourrir.

Invité de la Fabbrica, présent à travers des films qu’il a portés comme acteur (Laurence anyways, Conte d’été, Victoria, Généalogie d’un crime…) mais aussi de films qu’il réalise depuis qu’il a 11 ans projeté dans un cinéma permanent au Pathé, face aux salles du festival, Melvil Poupaud parle déjà de sa première fois à Entrevues avec un grand bonheur. Il remarque quel honneur c’est de prendre la suite de réalisateurs comme Jacques Doillon ou Otar Iosseliani, et partage avec le public l’idée que le point de vue d’un acteur est peut-être aussi nouveau dans cette section d’enquête et de création du festival.

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Le public (re)découvre ensuite une adaptation joueuse d’Agatha Christie par Pascal Thomas, L’heure zéro (2007) où Poupaud joue entre autres aux côtés de Chiara Mastroianni, également invitée du festival. L’ambiance est au cluedo dans une grande maison en bord de falaise en Bretagne où une tante très riche (Danielle Darrieux, inimitable) réunit quelques neveux et amis pour des retrouvailles qui doivent mener à l’heure zéro d’un crime terrible… On redécouvre les jolies courbes de Laura Smet et l’on se prend au jeu des fanfares de Pascal Thomas, dans un film qui fait plus que ses dix ans, mais qui a toute l’ouverture requise pour faire passer un moment agréable à la salle pleine de cette projection d’ouverture.

Entrevues continue toute la semaine avec une douzaine de longs métrages en compétition (sélectionnés parmi 1800 films envoyés!), une douzaine de court-métrages, et en plus de Poupaud et Remakes, des cycles passionnants sur « Ceci est mon corps », Styajit Ray, le nouveau burlesque français (avec Bozon et Macaigne en superhéros), un festival pour les jeunes, un focus sur des premières fictions françaises et des rencontres professionnelles. Tout le programme est sur le site d’Entrevues.

Dimanche 27 novembre, ne manquez pas à 16h30 la première rencontre fabbrica, « Jouer la comédie », avec Melvil Poupaud et Chiara Mastroianni, animée par Jean-Marc Lalanne.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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