Cinema
[Critique] « Felicidad » : comédie argentine trop en forme(s)

[Critique] « Felicidad » : comédie argentine trop en forme(s)

27 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Un gros travail formel, et des efforts pour créer une distance comique, retiennent l’attention dans ce nouveau film de Daniel Burman. On peut trouver, hélas, qu’il y manque un grain de folie. Si le propos se tient, les scènes semblent parfois un peu plates…

[rating=2]

Le début de Felicidad est hilarant : on suit Santiago et Eugenio, deux quadras associés en affaires, dans leur quotidien. Ils se disent tout, passent tout leur temps ensemble, vont ensemble chez le coiffeur ou s’acheter costumes et chaussures… Le ton est à l’exagération. La forme suit. On aime. Viendront bientôt des scènes plus posées, où ils débattront de la vente de leur magasin d’objets ménagers. Et où on découvrira qu’Eugenio a une femme… On goûtera ce contraste. Et puis… On se retrouvera, avec Santiago, confrontés à la disparition d’Eugenio. Le nœud du film.

A partir de ce moment, on pourra trouver que certains éléments du scénario sont trop peu développés : Laura (excellente Inés Estévez) qui débarque pour remplacer son mari dans la gestion du magasin ; les rêves d’Eugenio, qu’il confiait à sa masseuse… Laura et Santiago (très bon Guillermo Francella) cherchent, pour comprendre. Et de façon évidente, cette quête va les rapprocher. La thématique du film est ténue. Si discrète qu’au bout d’un moment, on comprend qu’il faut lire entre les scènes pour que le contenu nous parvienne.

L’ennui, c’est que beaucoup de celles-ci ne décollent pas vraiment. Du même coup, on a l’impression de les avoir déjà vues dans d’autres films. Les passages de rencontre avec le détective Oudukian, haut en couleur, laissent planer un petit mystère, mais guère plus ; la scène d’initiation de Santiago à la danse est bien filmée, mais guère plus ; le dîner entre lui et Laura chez Eugenio manque de sel ; le voyage de nos deux enquêteurs improvisés au Brésil, aussi… On découvre, par les dialogues, les relations passées entre Eugenio et Santiago. Mais on sent bien peu d’émotion. Comme si Daniel Burman se pressait trop. Et s’attachait trop à dérouler son histoire, sans laisser les scènes atteindre leur point culminant. Une histoire qui, on l’a dit, reste pourtant mince et simple… On eût pu la goûter avec insouciance, mais le film manque de saveur…

Felicidad, un film de Daniel Burman. Avec Guillermo Francella, Fabian Arenillas, Inés Estévez, Alejandro Awada, Sergio Boris, Silvina Escudero. Comédie dramatique argentine. Durée : 1h32.

Visuels : © Festival Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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