Cinema

Carrie et Luna deux adolescentes des antipodes [Cinemed 2017, jour 8]

Carrie et Luna deux adolescentes des antipodes [Cinemed 2017, jour 8]

28 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Rejoignant sous un soleil quasi-printannier les festivaliers et cinéphiles de Montpellier nous avons pu vivre un vendredi de fête et de cinéma où deux éducations sentimentales de jeune-femmes étaient présentées : en compétition au Corum, dans le film tourné à Montpellier même de Elsa Diringer, Luna est une ode à sensualité et au pardon. Tandis qu’à l’Utopia transformé en maison hantée, dans le cadre de la « Nuit de l’enfer », Carrie de Brian de Palma nous a encore fait trembler, la plaindre et sursauter.

Arrivés au Corum par quelques pas dans un Montpellier festif à 24 degrés de joie de vivre, nous avons trouvé le Festival Cinemed en effervescence. La projection de Luna de Elsa Diringer, remplissait la salle Pasteur et le public en liesse à battu des mains à chaque tape du film d’animation coloré qui donne le « la » des projections du festival. Pour présenter Luna, premier film de Elsa Diringer, première apparition à l’écran de Laetitia Clément et premier film tourné à Montpellier, l’équipe du film est là, souriante de voir tant de monde. Le bouche à oreille a bien fonctionné. Portrait d’une jeune-femme qui aime travailler en pleine nature et s’émancipe d’un copain macho pour trouver la vraie liberté dans l’amour sensible, Luna est un petit bijou lumineux, qui magnifie le visage rond et déterminé ainsi que les yeux bleu turquoise de son actrice principale. Un coup de maître en jeunesse et en émotion qui renouvelle un genre dans jamais rejeter le cadre classique du genre « Education Sentimentale » de A nos amours de Pialat jusqu’à Belle Epine de Rebecca Zlotowski.

A partir de 22h, l’after de Cinemed a lieu dans le Centre d’Art Contemporain de Montpellier : La Panacée. Au menu de la cafeteria design signée 1024 architecture : tapas, bière, musique latine, discussions cinéphiles et douceur d’une nuit de fin octobre à refaire le monde au cœur du jardin délicieux du Musée.

Courageusement, un peu avant minuit, nous prenons le tram pour aller vers Saint Eloi au Cinéma Utopia qui propose en séance spéciale du Festival une « Nuit de l’Enfer » dans les plus grandes règles de l’art. Pour 20 euros, ce cinéma d’art et d’essai qui ressemble plus à une demeure 19e cosy qu’à un cinéma d’aujourd’hui propose 5 films d’horreur d’affilée. Pour l’occasion le lieu est transformé en maison hanté et les spectateurs se sont déguisés pour jouer le jeu. Dr Tovoli, présente les films habillé en savant fou, et entre certains films, des petits opus d’animation rétro sont proposés pour faire reposer la chair de poule. Il y a également des boissons pour tenir : thé noir, café et des vivres. Bref l’ambiance est formidable et le programme alléchant : L’avant-première de l’animation Matufukaz, de Shojiro Nishimi et RUN (Guillaume Renard), celle de Revenge de Coralie Fargeat, en classiques seventies, Le Massacre des morts Vivants de Jorge Grau ainsi que Carrie de Brian de Palma et en bouquet final de nouvel Alex de la Iglesia distribué par Netflix : Pris au Piège. Nous arrivons juste à temps pour la projection de Carrie de Brian de Palma. Le film célèbre dès mercredi prochain ses 40 ans et ressort dans plus de 50 salles en France. Cette avant-première très spéciale et nocturne nous plonge immédiatement auprès de Sissy Spacek et John Travolta, dans l’univers impitoyable de l’adolescence. Les taches de rousseur, la timidité et les super-pouvoirs de Carrie n’ont pas pris une ride tandis que le flirt appuyé avec la série B est toujours sublimé par le twist hitchockien de De Palma.

Un chef d’œuvre, qu’on quitte à regret, dans la nuit toujours douce de Montpellier. Nous avons raté le dernier tram, qu’importe, nous prolongeons le sentiment d’inquiétante étrangeté en traversant dans toute sa largeur un Montpellier déserté jusqu’à son vieux centre-ville.
visuels : YH

« Sanitas Per Aquam » : les eaux puissantes de François Ferrier et Claire Fontana
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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