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(BUZZ) La BO de « La marche » fait parler d’elle, deux jours avant la sortie du film

(BUZZ) La BO de « La marche » fait parler d’elle, deux jours avant la sortie du film

25 novembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

Ce lundi, Charlie Hebdo a été choqué par certaines paroles du titre « Marche », qui fait partie de la BO du film éponyme de Nabil Ben Yadir, à sortir ce mercredi 27 novembre. Le film retrace l’histoire de cette fameuse « Marche des Beurs » des années 80. En voici le synopsis officiel : « En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King. Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, et donneront à la France son nouveau visage. »


Polémique et liberté(s) d’expression

Le son réunit une dizaine de rappeurs connus, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu. C’est justement le couplet de ce dernier qui pose problème à l’hebdo satirique. Dans le 7e couplet, le membre du collectif parisien « 1995 » chante « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. »

Ces propos font référence aux caricatures de Mahomet, publiées par Charlie Hebdo, qui ont énormément fait parler d’elles notamment courant septembre 2012. Alors que certaines personnes, dont le premier ministre Jean Marc Ayrault, avaient affirmé leur « désapprobation face à tout excès » compte tenu du « contexte actuel », d’autres personnes s’étaient foncièrement révoltées contre la polémique, rappelant la loi sur la liberté d’expression de la presse.

Et nous en sommes encore là, au même débat : jusqu’où peut aller la liberté d’expression? Hier, certains musulmans étaient choqués de ces caricatures du fait que, conformément à leur confession, il ne doit y avoir aucune représentation physique du prophète. Aujourd’hui, Charlie Hebdo s’effare de la violence d’un couplet, ironisant dans son communiqué : « S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier. Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de « chiens » d’infidèles.» L’hebdo a même été jusqu’à qualifier le son de « chant religieux communautaire ».

Le journal ne portera pas plainte contre le jeune rappeur, mais ajoute : « Nous sommes juste très surpris que le réalisateur d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son œuvre. »

Rap engagé et libre expression

Nekfeu est en général apprécié de la critique pour son écriture, et est resté jusqu’à aujourd’hui à l’abris des polémiques. Néanmoins, le son qui avait été posté sur leur page facebook ce 23 novembre avait déjà interpellé certains fans compte tenu du couplet objet de la controverse : « Ok pas mal. Par contre Ken, parler d’autodafé pour ces « chiens » de Charlie Hebdo… C’est pas très ambiance Marche tout ça » avait commenté un des internautes. Remarque reprise par un autre qui affirme : « Lourd le son, juste la phase sur Charlie Hebdo me dérange. Charlie Hebdo dénonce les extrémismes religieux qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans. Ce sont les extrémismes religieux qui prennent en otage l’Islam et qui sont la cause des stigmatisations, et c’est ça que Charlie Hebdo dénonce, pas l’Islam en général.»

Il faut préciser que ceux qui connaissent le rappeur, et le rap engagé en général, sont habitués à ces phrases assez directes, parfois empreintes d’amplification. Les figures de style sont l’apanage de ces plumes et ils s’en servent comme arme de dénonciation. Faire l’analogie du terme « chien » qui aurait été repris par Nekfeu sur les propos d’Al Quaida semble donc un peu « capilotracté ». Il n’y a qu’à écouter ses autres titres pour se rendre compte que le rappeur n’est en rien proche de groupes extrémistes religieux.

Ce n’est pas la première fois que des rappeurs sont rappelés à l’ordre à cause de certains propos tenus dans leurs sons. On se souvient, par exemple, de l’affaire « Sniper » : accusés d’avoir « incité à blesser et tuer les fonctionnaires de police et représentants de l’Etat » en chantant leur tube « La France » (datant de 1999, ndlr), ils étaient poursuivis sur plainte du ministère de l’Intérieur après un concert qui s’était déroulé sans incident en avril 2004 à Rouen. La cour d’appel de Rouen avait considéré, en 2005, que les paroles de la chanson du groupe ne pouvaient être considérées comme une incitation à la violence.

Bien que la phrase ait suscité tant de polémiques, il faut noter que le son reste, dans l’ensemble, dans l’esprit du film, entre dénonciations, interrogations et espoirs : « Ma France je t’aime, mais toi tu ne m’aimes pas.. Quand j’viens vers toi, parle-moi ne me repousse pas ! Marchons main dans la main, dis moi c’qui n’va pas ? Tes enfants te pardonnent, ne l’oublie pas. »

Sonia Hamdi

Visuel : © affiche du film La Marche, sopeople.fr

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Sonia Hamdi

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