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[BERLINALE] DJANGO : « QUAND LE JAZZ EST, QUAND LE JAZZ EST LÀ… »

[BERLINALE] DJANGO : « QUAND LE JAZZ EST, QUAND LE JAZZ EST LÀ… »

10 février 2017 | PAR William Meignan

 

Avec Django le festival s’est ouvert avec swing et émotion. Le premier lon métrage dirigé par Etienne Comar retrace avec liberté et réussite la vie de Django Rheinhart, virtuose du jazz manouche pendant les deux dernières années de la seconde guerre mondiale.

A ce moment-là, Django est considéré comme « le roi du swing » aussi bien dans les caves de Pigalle que par les chefs de la propagande musicale nazie. Sa vie, alors déjà bouleversée par la guerre, va devenir d’autant plus compliqué lorsqu’un lieutenant Allemand décide de le faire partir pour une tournée en Allemagne alors même que la population gitane est persécutée partout en Europe.

Dès le premier film, les attentes du jury semblent déjà se réaliser. Le monde d’hier et d’aujourd’hui va venir lui raconter son histoire. Ici, c’est l’histoire tragique de la population gitane qui nous est contée au travers de la trajectoire du génie Django dans la France occupée. Mais c’est également l’histoire d’un homme, d’un musicien qui, entouré des trois femmes extrêmement fortes dévouées (son amante, sa mère et sa femme), se réfugie dans son univers pour ne pas se confronter à la dureté des évènements qui l’entourent.

Grace à une éblouissante et authentique performance de Reda Kateb, le personnage de Django nous est exposé dans toute ses contradictions, un homme généreux dans sa musique mais souvent égoïste ; un homme intrinsèquement libre confronté à la logique totalitaire qui veut restreindre sa liberté et particulièrement, sa musique « Pas plus de 20% de Jazz, et les breaks sont interdit ce soir ».

Chaque scène du film met habilement en scène ces contradictions par la lumière, les plans de caméras, les évènements ou par les relations entre Django et les femmes qui guident sa vie (sa mère, sa femme et son amante) admirablement interprétées par BimBam Merstein, Beata Palya et Cécile de France.

Le personnage que nous retrouvons finalement à la fin du film dans une scène finale majestueuse est loin de personnage que nous avons rencontré au début du film, égoïste et effrayé par le monde qui l’entoure. C’est une véritable prise de conscience qui s’opère au fil des rencontres et des épreuves que le personnage va devoir surmonter.

Dans la conférence de presse suivant la projection, c’est une équipe soudée autour de Etienne Comar, qui a présenté ce superbe film. Loin de revendiquer une parfaite réalité historique, Etienne Comar a insisté sur le rapport fondamental pour lui entre la musique, les musiciens et le monde qui les entourent. C’est « la capacité de ceux-ci de s’engager au travers de leur musique » qui les rend, d’après le réalisateur, passionnants.

De son point de vue d’acteur, Rega Kated, voit « l’opacité » et « ses contradictions » non pas comme un tort mais comme le véritable atout du personnage romanesque qu’est Django. « Plus on est entré dans le tournage plus je me suis senti entouré par lui et plus je l’ai rencontré plus il est devenu opaque à mes yeux »

 © Roger Arpajou

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William Meignan

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