A l'affiche
Sarlat: « Les miens », Roschdy Zem resserre les liens

Sarlat: « Les miens », Roschdy Zem resserre les liens

10 novembre 2022 | PAR Olivia Leboyer
Les miens

Les miens fait partie de ces films qui font du bien. Une réflexion sur la place de chacun au sein d’une famille, avec un regard attentif aux failles et aux manques.

Un film plein de bons sentiments ? Oui, mais dans le bon sens du terme. Roschdy Zem prend le pouls d’une famille, avec ses incompréhensions, ses rapports de force, ses crispations. Moussa (Sami Bouajila, qui incarnait Omar Raddad dans le Omar m’a tuer de Roschdy Zem), doux, prévenant, ne s’impose jamais aux autres. Même sa vie privée reste discrète : sa femme depuis 4 ans vit au Maroc et ils se voient peu. Seulement, là, il vient de subir une épreuve particulièrement douloureuse. Sans explication, sa femme le quitte, refusant tout dialogue. Moussa se confie à sa sœur, mais vis-à-vis des autres membres de la famille, il fait comme si de rien n’était. Evidemment, le corps ne tient pas, et l’accident surprend tout le monde, réveillant les sentiments, de culpabilité, d’énervement ou, tout simplement, de connivence entre frères et sœurs, parents et enfants, oncles et neveux.

La scène d’ouverture est un repas de famille. C’est tellement agréable et, en réalité, assez rare, les scènes où l’on voit les personnages à table, comme dans un film de Claude Sautet. Ici, les bouts de phrases s’entrecroisent avec naturel, le spectateur se sent chez lui dans cette famille. Entre les générations, le vocabulaire, la conception du monde diffèrent (le fils qui soutient mordicus des théories complotistes), la gêne, parfois, s’installe lorsqu’il faut demander du piston pour un stage à l’oncle Ryad (Roschdy Zem). Ryad, c’est celui qui a réussi, présentateur star d’une émission de foot de grande écoute. Sans vraiment s’en rendre compte, Ryad est devenu sourd à son entourage. Avec sa fratrie (le cinéaste Rachid Bouchareb joue ici l’un des frangins), avec ses enfants, avec sa compagne (Maïwenn, douce et touchante), il ne fait plus d’efforts. Alors, quand soudain Moussa s’effondre, Ryad va devoir changer d’attitude.

Entre les deux frères, le lien et l’admiration sont peut-être plus forts qu’avec les autres. Moussa, c’était le surdoué en maths, qui est devenu directeur financier. Un homme fiable, sérieux, toujours disponible. Chaque membre de cette fratrie a sa part d’ombre, sa manière de faire avec la mort des parents, avec la réussite ou l’échec, avec l’intimité amoureuse. Dans une famille, qui soutient qui ? Qui jalouse qui ? Qui a besoin de qui ?

Les inquiétudes, l’écoute, l’amour circulent à flux tendus au sein de cette famille où les rôles ont été distribués à un moment. La vie pousse à les redéfinir, en liberté. C’est la force de ce film, vivant et généreux.

Les miens de Roschdy Zem, France, 2022, 1h25, scénario Roschdy Zem et Maïwenn, avec Sami Bouajila, Roschdy Zem, Meriem Serbah, Rachid Bouchareb, Abel Jafri, Carl Malapa, Maïwenn, Anaïde Rozam, Nina Zem, Chad Zem. Festival de Sarlat, en compétition. Sortie le 23 novembre 2022.

visuels: photo officielle du film.

Disparition de Gal Costa, Que Pena
Sarlat: « Nos frangins », Rachid Bouchareb touche au coeur
Avatar photo
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration