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Sarlat : « Godland » sublime western métaphysique du Nord

Sarlat : « Godland » sublime western métaphysique du Nord

09 novembre 2022 | PAR Olivia Leboyer
Godland

Un western nordique métaphysique ? Oui, et un grand film, habité, tragique, implacable. Un film qui se mérite, et qui tient toutes ses promesses. A découvrir absolument.

Qu’est-ce qu’un homme de Dieu ? Ragnar, vieux guide rustre pose directement la question au pasteur danois Lucas (Elliot Crosset Hove), venu en Islande édifier une église. La réponse semble aller de soi : c’est un homme qui s’oublie lui-même, pour obéir à Dieu en le servant humblement. Si seulement les choses étaient si simples…

Nous sommes au XIXe siècle, et le jeune Lucas traverse l’Islande, avec guide, interprète, équipe, pour évangéliser la population. Un peu ethnologue, il porte sur l’épaule un daguerréotype pour fixer l’image de ceux qu’il croise. Regard bleu-gris, allure svelte et austère, Lucas apprend quelques mots d’islandais, pour se présenter notamment : il est « homme » et « prêtre« . Aussi homme que prêtre car, nous le verrons, la tentation, la chute ne sont pas loin.

Dans ce sublime western du Nord, les chevauchées sont filmées au plus près, en temps réel. Dans cette nature terrible et glacée, les animaux sont omniprésents, chiens, chevaux, moutons, ver de terre, insectes. Même quand les personnages dorment, les bêtes viennent les visiter, comme dans une fable. Dont la morale serait ? Véritable parabole, dure et forte, Godland nous rappelle que l’homme n’est pas Dieu, qu’il est ange et bête, qu’il est de passage.

Sans révéler l’histoire tragique, sans appel, saluons le regard de Hlynur Palmason, à la juste distance. Une scène de noces en plein air s’étire avec bonheur, captant une quiétude temporaire, sous la menace des combats de coqs des hommes. La rivalité mimétique s’imprime comme avec du sel d’argent, menant au tragique. Quelques scènes comiques, d’autres émouvantes, la plupart sèches et déroutantes. Quel tableau nous est donc présenté ? L’humanité à l’œuvre, magnifique et terrible.

Godland de Hlynur Palmason, Danemark, Islande, Suède, 2h23, avec Elliott Crosset Hove, Ingvar Sigurosson, Vic Carmen Sonn. Sortie le 21 décembre 2022.

visuels: photo officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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