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« Petite fleur », une histoire de vie et de mort, peu importe dans quel ordre

« Petite fleur », une histoire de vie et de mort, peu importe dans quel ordre

04 juin 2022 | PAR Olivia Leboyer

L’incompréhension et l’agacement dans le couple. Santiago Mitre s’ingénie à explorer ce sujet, sur un mode ouvertement psychanalytique, heureusement allégé par du pur cartoon. Quelques faux rythmes et de belles envolées, à découvrir le 8 juin.

José (Daniel Hendler), dessinateur de BD argentin, a rencontré Lucie (Vimala Pons), ils ont eu un bébé et emménagent à Clermont-Ferrand, pour un contrat qui tombe à l’eau. En vase clos dans une petite maison triste, ils entrent en zone trouble. C’est Lucie qui travaille, tandis que José garde le bébé et se révèle très lent à comprendre le français. Exaspération, mépris, amour désaccordé, partition intimiste qui bifurque ici vers le fantastique, comme tout film argentin qui se respecte (Borges oblige).

Humilié, rabaissé par Lucie, José encaisse, avec son visage impassible de clown triste. Un jour, il sonne à la porte du voisin, pour lui emprunter une pelle. C’est Melvil Poupaud, Français magnifique, décadent et agaçant en diable. Peignoir ouvert, verre de grand vin constamment en main, le voisin charme, nargue, fanfaronne. Et exprime son unique passion : le jazz et, plus particulièrement, le morceau Petite fleur de Sidney Bechet. Etonnante simplicité chez cet homme en perpétuelle représentation. Œil fou, geste ample, danses chaloupées, Melvil Poupaud fait la roue devant José, dont il reprend impitoyablement l’accent. Qui est ce voisin ? Est-il réel, ou une projection de l’esprit de José ? En tout cas, José le tue, et plutôt deux fois qu’une.

Chaque jeudi, José se rend chez son ami Jean-Claude, ils devisent, écoutent Petite fleur, et le crime est consommé. Ce rituel rassurant aide José à reprendre confiance en lui et à assurer dans son couple. L’absurde et la violence trouvent place naturellement dans son quotidien. Fantasmes ? Peut-être, mais encore faut-il les partager à deux. Aux lueurs indécises de la nuit clermontoise, Hervé Vilard se produit, avec son éternel « Capri, c’est fini« . L’amour, thème inaltérable.

Pour faire le lien entre José et Lucie, dans la dernière demi-heure du film, un étrange gourou fait son entrée, l’impérial Sergi Lopez, dans un grand numéro de folie douce manipulatrice. « On vit une époque de merde, car les gens veulent renaître, mais sans mourir. Or, on ne vit pas sans d’abord mourir » lance-t-il avec superbe.

Au bout de ce tunnel d’angoisses, de jalousie et de paranoïa, la création pointe son nez, ici sous forme de bande dessinée. Une jolie échappée, qui aère le film, un peu lent à démarrer, mais qui finit par trouver son rythme et par exploser comme il convient.

Une histoire de vie et de mort, peu importe dans quel ordre. Dans la vie, dans le couple, il n’y a rien que le passage du temps. Quelques notes suffisent pour cela.

Petite fleur, de Santiago Mitre, Argentine-France, 1h38, avec Daniel Hendler, Vimala Pons, Melvil Poupaud, Sergi Lopez, Françoise Lebrun, Hervé Vilard. Sortie le 8 juin 2022.

visuels: photo officielle du film.

Reportage dessiné à Aix-en-Provence
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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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