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Loïc Paillard réalisateur des « Etoiles restantes » : « Je voulais arriver avec un premier long le plus sincère possible » [Interview]

Loïc Paillard réalisateur des « Etoiles restantes » : « Je voulais arriver avec un premier long le plus sincère possible » [Interview]

01 mars 2018 | PAR Yaël Hirsch

Prix du public du long-métrage français au Champs-Elysées film Festival, Les étoiles restantes est aussi un premier long métrage qui aborde avec sincérité et beaucoup de vie une relation père-fils à l’ombre du cancer fatal du premier. Mais l’amour et la découverte de soi coexistent avec la mort et sont parfois plus forts qu’elle… Rencontre avec Loïc Paillard, réalisateur de ce petit bijou, à découvrir en salles le 7 mars.

Vous écrivez, vous tournez, vous produisez, vous êtes le chef opérateur, vous faites tout sur vos films?

Au commencement, j’avais pris le pied avec les courts métrages. J’avais mis deux ans à essayer de démarcher un long. Cela ne marchait pas. C’est compliqué de passer du court au long. Du coup je me suis dit qu’on avait fait les courts en auto-production. Entre-temps je faisais un peu plus de pub. Donc je me suis dit qu’on avait une boite de production (Filmarium ndlr), toute une équipe prête, avec un peu d’argent de côté et qu’il était temps d’y aller. Et le mouvement a fait qu’il y a d’autres gens qui sont montés dans le wagon, un co-producteur, puis un distributeur… Je me dis que je trouve ça bien de lancer la machine, et puis après les gens viennent plutôt que d’être dans l’attente.

Comment avez-vous commencé à écrire Les Etoiles Restantes ?

À la base je voulais écrire l’histoire d’un jeune qui était poussé à partir par son père malade. Le père devait être un personnage secondaire mais ça me bloquait, sans doute parce que moi aussi j’ai perdu mon père d’un cancer, et je ne pouvais donc pas juste l’effleurer. Mais quelque chose d’aussi grave, ce n’était pas mon genre. Dans mes courts-métrages, il n’y avait pas de drame, que de la comédie romantique. À partir du moment où j’ai compris qu’il fallait que je parle de cette histoire du père et du fils, l’écriture a été rapide. Et puis, il y avait beaucoup de personnages et je pense que c’est pas mal pour un premier long-métrage. Je voulais arriver avec un premier long le plus sincère possible, et y mettre des choses autobiographiques le permettait. `

Le début du film présente le personnage principal comme un homme qui se cherche…

Oui, au début je voulais arriver dans la vie de quelqu’un où tout est au plus bas. Il vient de se faire larguer, il a terminé ses études et il cherche du travail… en gros il fait ses premiers pas dans la vraie vie. L’avant m’intéressait moins, c’était plus intéressant d’arriver dans la vie au pire des moments et de voir ce qui va se passer. Il fallait que le personnage soit déconstruit comme ça pour après se reconstruire et savoir qui il est et ce qu’il veut. Son père le sait un peu mieux que lui : il approche de la mort, il voit la vie différemment et il dit “ vois du pays, apprends sur les autres et tu verras ce que tu vas faire, mais ne sois pas pressé de rentrer dans une case et de vivre une vie bien rangée ».

On découvre une merveilleuse équipe d’acteurs. Comment s’est fait le casting?

Ce sont tous des comédiens avec qui j’avais déjà travaillé qui sont devenus des amis. Pour ce premier film, on avait un mini-budget donc il fallait bien s’entourer. Il fallait que tout le monde porte le projet comme si c’était le sien. C’était important d’avoir des comédiens avec qui l’on partage aussi plein de choses. Benoit Chauvin était présent dans mon court-métrage Et on mangera des fleurs ( Pieds nus sur des orties, 2014 ) et avec Jean Fornerod, qui joue le père, on avait fait aussi un court-métrage, cinq ans auparavant. Ensuite il manquait la comédienne pour Manon, j’ai vu Camille Claris dans un autre film et j’ai eu de la chance, elle a accepté le rôle.

Avant sa sortie, le film a été salué et apprécié dans plusieurs festival, c’est une expérience importante?

Oui ! On se trimballe en bande comme une troupe et tout le monde est hyper content parce qu‘on a fait ce film là un peu dans notre coin et qu’au fur et à mesure, ça a grossi. Dans les festivals, aux côtés des Etoiles restantes, on voyait projetés des films avec et par des acteurs qu’on adore et on se disait “Wahou, on est à côté d’eux”. C’est dingue comme aventure.

Comment avez-vous travaillé l’image et le cadrage ?

À la base, je suis chef-opérateur. Ça m’aide à maitriser la technique, en tout cas du cadre. Je ne fais pas de découpage avant, et c’est donc hyper instinctif comme façon de filmer, parce qu’on arrive sur le décor et on voit qu’un cadre rend bien hyper rapidement. Après, c’est au feeling. J’ai du mal à regarder les comédiens autrement qu’à travers une caméra maintenant. Je trouve ça bizarre. Quand je les regarde en répétition, souvent je prends une caméra.

Quelles sont les réactions des gens sur cette histoire très forte entre un père et son fils ?

Ce film-là est très délicat parce qu’il y a énormément de gens autour de nous qui sont touchés par le cancer, et je ne voulais pas qu’on pense que je prend ce sujet là pour émouvoir facilement. Je voulais surtout raconter mon histoire personnelle sans être trop personnel pour que chacun puisse se rappeler la sienne. Lors les premières projections, c’était le gros stress, est-ce que c’est bon, est-ce que c’est pas too much ? Il y en a quelques uns qui sont sortis de la salle à une des premières projections, notamment une personne qui est sortie et qui est revenue me voir à la fin de la séance en me disant “voilà, moi j’ai perdu mon père il y a trois mois, c’est trop récent pour moi pour voir ce film, mais je voulais vous dire que j’ai pensé à lui avec beaucoup de douceur et je reverrai ce film plus tard quand le deuil sera passé”. À partir de là, j’ai soufflé en me disant que je n’ai pas travesti ce sujet et que j’ai juste raconté mon histoire.

Ce n’était pas trop dur de revenir sur les derniers moment de votre père à travers un film, des années après ?

Finalement non. Ça m’a fait beaucoup de bien de repenser à ça. Evidemment, j’aurais aimé qu’il soit là pour voir le film, forcément on pense à ça. J’avais 18 ans. Donc pour faire le film j’avais pas mal de recul. Je pense que je n’aurais pas pu, avant. Maintenant, il y a une douceur. Finalement, ce n’est pas que de la tristesse. Dans ces moments-là, il y a une espèce de douceur, de bienveillance, on profite des moments de joie. Je pense que si je l’avais fait trop tôt après sa mort j’aurais fait un film plus dramatique, beaucoup plus triste.

A l’écran dans la relation père et fils, il y a quelque chose de très pudique…

C’est un père et son fils, mais ce sont les relations de beaucoup d’hommes en fait. On est hyper pudiques entre mecs, on ne se dit pas qu’on s’aime, même si on se le montre. Je trouvais ça intéressant de traiter ça, pour que justement Manon arrive, et qu’elle dise “bon, il ne reste pas beaucoup de temps maintenant il va falloir apprendre à vous le dire”. Je trouve ça beau, et en même temps dommage d’attendre ça pour se dire les choses.

Et il y a aussi un espèce de double du fils qui recueille au téléphone le message ultime ? Qui est ce personnage loufoque du colloc’?

Je voulais absolument contrebalancer le drame par la comédie. Je trouve ça drôle parce qu’il est hyper naïf et parait bête, mais c’est quand même lui qui dit la morale du film, si il y en a une : “La vie se vit”. C’est un peu naïf mais c’est ça, le film.

visuel : affiche du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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