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[Live report] La Cinémathèque française ouvre sa rétrospective Jean-Pierre Mocky avec « Les Dragueurs »

[Live report] La Cinémathèque française ouvre sa rétrospective Jean-Pierre Mocky avec « Les Dragueurs »

26 juin 2014 | PAR Yaël Hirsch

C’est en présence de l’énergique et apparemment intarissable Jean-Pierre Mocky que Serge Toubiana et Costa Gavras (récemment réélu président de l’institution) ont donné le coup d’envoi de la rétrospective que la Cinémathèque lui consacre jusqu’au 3 août. Le film (parfaitement) choisi pour l’ouverture était Les dragueurs (1959), qui, un peu avant les mythiques Vierges (1963) annonce une certaine libération sexuelle de la France et sa face sombre de désenchantement. Une soirée forte en émotion et riche de fantômes cinéphiles.

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Et Toubiana et Costa Gavras ont insisté : Mocky n’est pas un personnage « cadrable ». Ni un réalisateur facile à programmer car il a réalisé … trop de films. Rien qu’en longs métrages, il atteint les 65 items, édités chez Jérômes Seydoux. Ovationné debout lors de son entrée en scène, le réalisateur apparaît en pleine forme, aminci par rapport à la rétrospective que nous avions pu voir à Belfort, virevoltant et maniant toujours aussi bien la langue de bois. Il a commencé par rappeler les fantômes illustres du cinéma mondial avec lesquels il a travaillé, avant d’aborder de front la question de l’argent. Mocky a dit avoir fait 65 films avec le budget d’une belle production d’aujourd’hui (25 millions d’euros). Si bien qu’un passage sur Arte d’un de ses films lui permet de financer le suivant! S’il n’a pas l’habitude de payer ses acteurs et collaborateurs, même les plus illustres. Jamais avare en compliments, il a largement remercié ceux qui le soutiennent et annoncé avec joie des collaborations filmiques avec Belmondo et Depardieu, après des années d’amitié.

En parlant de Depardieu, la surprise de la soirée après l’hommage à Henri Langlois (actuellement objet d’une expo à la Cinémathèque) était la projection d’un des épisodes de « Hitchcock by Mocky » (où il joue des nouvelles d’Alfred Hitchcock) avec … Gérard Depardieu. Sous le titre improbable de L’incroyable Borach, ce court kitsch à souhait nous a bien diverti.

Puis on en est venu au plat de résistance : Les dragueurs. Ballet de lumière en noir & blanc présentant deux jeunes-hommes (interprétés par Jacques Charrier et Charles Aznavour) sillonnant Paris toute une journée et toute une nuit pour séduire des femmes, ce petit bijou dévoile une jeunesse des années 1950 très libérée. Et aussi très mélancolique. Aucune femme ne plait vraiment au couple : elles sont trop faciles ou trop prudes. Les filles elles-mêmes sont finalement assez libres mais mal traitées et malheureuses. Et finalement, sous couvert de fête et de mœurs légères, on est dans une version documentaire du Feu-Follet et l’on préfère déprimer un verre à la main que faire l’amour. On s’en tire donc avec quelques bisous, deux ou trois états d’âmes du personnage joué par Aznavour et une bonne demi-douzaine d’éclats de rire un peu gênés grâce aux merveilleux dialogues. Ca fuse, c’est juste, c’est encore actuel et la musique de Maurice Jarre emballe le film vers de délicieux éclairs de beauté. Un grand film un peu oublié et qui fait pendant – côté masculin- aux fameuses Vierges (1963) qui semblaient déclarer avant l’heure les hostilités de 1968…

A noter : Jean-Pierre Mocky fera sa leçon de cinéma « Mocky par Mocky« , le 18 juin à la Cinémathèque, en langlois, après la projection de l’Albatros.

Visuel : Costa Gavras et Jean-Pierre Mocky (c) Yaël Hirsch

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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