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La Royal Academy de Londres consacre David Hockney – Critique

La Royal Academy de Londres consacre David Hockney – Critique

15 mars 2012 | PAR La Rédaction

Première rétrospective du genre consacrée aux toiles récentes de l’artiste, l’exposition de la Royal Academy consacrée au peintre britannique contemporain David Hockney signe une consécration sans égale pour l’artiste de 74 ans, encore très prolifique. Elle rassemble des œuvres achevées entre 2006 et fin 2011, célébrant l’éternel motif paysager et la gloire des couleurs, dans une pulsion créatrice enthousiaste aux croisements de l’art contemporain et des traditions impressionnistes et « maitres anciens ». Une des grandes expositions qui a donné le coup d’envoi de l’année culturelle olympique de la capitale britannique – à suivre.

Les grands artistes bénéficient souvent du temps, pour jouer de leurs tournants et revirement et régulièrement se réinventer. David Hockney, icône britannique du Pop Art dans les années 1970, orfèvre du paysage sur toile géante, apparaît désormais aussi comme un maitre du figuratif, renouvelé par un regard rétrospectif sur son pays d’origine, le Yorkshire. Après avoir passé plusieurs décennies à Los Angeles à partir de 1964, Hockney s’est inspiré ces dernières années des paysages champêtres de sa campagne anglaise natale dans laquelle il s’est réinstallé en 2005. Mais à travers ces toiles – présentées en ce moment à la Royal Academy of Art de Londres, l’artiste dépasse largement le figuratif pour transcender l’art de la représentation paysagère via son gigantisme et ses couleurs audacieuses. Datant essentiellement de 2006 à décembre 2011, soit pour certains seulement quelques semaines avant l’installation de l’exposition, ces tableaux offrent un exemple de cohérence picturale, dans les thèmes comme dans les choix esthétiques, d’une intensité rare.

La plupart des salles présentent de très grands formats de Hockney, reposant souvent eux-mêmes sur un principe de composition de plusieurs toiles assemblées en modèles géants, composés comme A Closer Winter Tunnel de six tableaux, ou encore dans le sublime Sermon on the Mount – A Bigger Message (salle 10 de l’exposition, 2010) de trente toiles assemblées en une massive œuvre… La plupart de ces tableaux étant d’ailleurs exposés pour la première fois. Le musée britannique a également réunis des aquarelles – des paysages aussi inspirés par la campagne du Yorkshire – ainsi que des carnets de croquis de l’artiste, des vidéos et des dessins réalisés – dernier cri de modernité – sur une tablette numérique. La dernière salle réunit enfin des toiles d’envergure inspirées par les paysages éternels du parc américain du Yosemite, dans le grand ouest états-unis.

Le but de la Royal Academy est d’ainsi mettre en avant « l’engagement émotif » de l’artiste dans des paysages qu’il connaît et a côtoyés depuis sa plus tendre enfance. Né en 1937 à Bradford, dans l’est du Yorkshire, Angleterre, David Hockney a en effet grandi dans la région avant de se rendre au Royal College of Art de Londres en 1959. Il a alors connu le succès dès le début des années 1960, participant ainsi aux débuts du British Pop Art. La fin des années 60 le voit installé pour un bon moment en Californie et dans la veine colorée et lumineuse mais déjà paysagiste de ce mouvement bruyant et mondialement exploré.

A travers cette dernière exposition, les figures de l’arbre, du sous-bois, de la floraison, et des chemins étroits jonglent avec la thématique des quatre saisons, triomphant dans le projet de la salle 9 de l’Académie consacrée à l’étude de l’arrivée du printemps, The Arrival of Spring in Woodgate, comprenant 51 imprimés et une toile géante composée de 32 tableaux. Ils ont été réalisés entre début janvier et fin mai 2011 à partir de la représentation d’un seul et même chemin de la petite bourgade de Woodgate, évoluant sous les pinceaux de Hockney de la mortification de l’hiver à l’éblouissement d’une nature pré-estivale. Le tout offre également un triomphe visuel des couleurs qui virevoltent entre les verts les plus variés et se mêlent de lavandes subtiles, de violets éclatants et d’ocres intenses dans un défilé à la palette aussi large qu’imaginable.

La toile titre Winter Timber, le ‘bois d’hiver’, aux couleurs criardes et aux traits lourds, et la série inspirée de la toile biblique du français Claude Lorrain datant de 1656, Le Sermont sur la montagne, viennent apporter une vague d’hétéroclisme à ce cheminement champêtre.

Le tout donne un immense défi à l’histoire de la peinture contemporaine récente, nie les excès de l’abstraction et du Pop Art dont Hockney lui-même a été l’un des totems vivants…

A presque 75 ans, David Hockney présente ainsi un visage plus que jamais décomplexé et maitrisé de ses œuvres, d’ailleurs au sommet de leur énergie et de leur élan, et une créativité à l’opposé de celle des Young British Artists qui font la jeune génération d’artistes du pays emportée par le mondialement connu Damien Hirst – qui fera lui l’objet d’une exposition au moins autant attendue à la Tate Modern à partir d’avril prochain .

Melissa Chemam

Photo : David Hockney, ‘Woldgate Woods, 21, 23 & 29 November 2006’, 2006. Oil on 6 canvases. 182 x 366 cm. Courtesy of the Artist. © David Hockney. Photo credit: Richard Schmidt

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