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[Interview] Kambiz Derambakhsh: « Je guéris les blessures le temps d’un dessin »

[Interview] Kambiz Derambakhsh: « Je guéris les blessures le temps d’un dessin »

27 juillet 2014 | PAR Christophe Dard

Ses dessins sans paroles en disent plus que n’importe quel discours et font le tour du monde depuis plusieurs années, dans des journaux réputés, de nombreuses expositions et des livres d’illustrations et de caricatures. En 60 ans de carrière Kambiz Derambakhsh est devenu l’un des maîtres de la caricature et son travail a été récompensé à de nombreuses reprises. L’année dernière, il a remporté le Grand Prix au 33eme Concours International de la caricature en Turquie, une première pour un caricaturiste iranien.

 

A l’occasion de son passage à la galerie Nicolas Flamel à Paris, spécialisée dans la découverte de l’art iranien, Kambiz Derambakhsh revient pour Toute la culture sur sa carrière, ses débuts, ses influences, son style, autant de choses qui lui ont permis, à partir d’un simple trait de crayon, de créer un univers à la fois drôle et émouvant et détenteur d’un formidable pouvoir, celui de s’adresser à l’humanité tout entière.

 

LES DEBUTS ET LES INFLUENCES
Kambiz, vous avez commencé votre carrière très jeune… Pourquoi avoir choisi très tôt la voie artistique et le dessin en particulier?

Kambiz Derambakhsh : C’est mon père qui m’a encouragé très tôt à dessiner. Enfant, je découpais tous les dessins dans la presse. A cette période, j’ai découvert les caricaturistes français, Bosque, Chaval, Siné, Sempé, Topor, l’âge d’or de la caricature française des années 50 et 60. Ces dessinateurs m’ont inspiré avec des dessins sans parole au langage universel.

 

A l’exception des dessinateurs, quelles sont vos autres influences artistiques?

Kambiz Derambakhsh : Mon père était metteur en scène, scénariste et réalisateur. Donc, dès l’âge de 7 ans, j’ai été familiarisé à ce milieu du cinéma et du théâtre et je regardais tous les films classiques.
Celui qui m’a le plus inspiré est Charlie Chaplin car il ne fait pas seulement rire mais il peut aussi émouvoir. Ce langage muet avec des gestes et des mimiques devient un langage universel comme pour la caricature. C’est le moyen le plus facile pour transmettre un message.

 

 

LES PERSONNAGES ET LES THEMES DE SES DESSINS
Pourquoi avoir choisi ce personnage de « monsieur tout le monde », cette silhouette simple que l’on retrouve dans vos dessins?

Kambiz Derambakhsh : Cette silhouette simple comme vous dites, il m’a fallu plusieurs années pour la créer. Au début ce personnage avait des vestes sophistiquées puis j’ai voulu qu’il devienne un homme comme tout le monde. Ce personnage n’a pas de nationalité, il est sans origine et il peut faire du bien comme du mal, il peut être gentil comme méchant. J’ai un rapport très particulier avec lui. Ce personnage est un peu comme mon alter ego, comme un employé qui travaille pour moi aux quatre coins du monde. Je suis son créateur et en quelque sorte son Dieu (rires).

 

Munch Brothers, 2014
Munch Brothers,
2014

 

Vous avez réalisé aussi une série de clowns… Qu’est-ce qui vous plaît dans le monde du cirque et chez ces personnages en particulier ?

Kambiz Derambakhsh : Cela fait plus de 25 ans que je travaille sur cette série de clowns. Je les aime car ce sont des personnages qui n’ont pas de côté commercial. Ils sont là pour divertir. Ce sont comme les Pierrot de la Commedia dell’arte.

 

Birds, From the series of Lovely Drawings, 2014
Birds, From the series of Lovely Drawings,
2014

 

Les clowns, les oiseaux, la lune, les étoiles, les poissons rouges… On retrouve beaucoup de motifs que les enfants aiment dessiner. Quel rapport avez-vous avec l’enfance ?

Kambiz Derambakhsh : De nos jours, tout est devenu violent avec les guerres notamment et les dessins permettent de créer une récréation au milieu de tout cela. J’ai l’impression d’être un médecin qui guérit les blessures le temps d’un dessin. Vous savez, faire pleurer les gens c’est facile mais les faire sourire c’est beaucoup plus compliqué. Certains me disent que je ne suis pas dessinateur mais philosophe et d’autres disent que je ne suis pas dessinateur et philosophe mais poète. A la fin je ne sais plus trop qui je suis (rires).

 

Dans certaines de vos caricatures, les instruments de musique (symbolisés par les étuis à violons) sont très présents. Quelle place tient la musique dans votre œuvre ?

Kambiz Derambakhsh : L’étui à violon est un outil de travail au même titre que des papillons ou des bateaux. C’est un symbole récurrent. Je m’intéresse beaucoup à la musique. Mes dessins sont très mélodieux, ils peuvent raconter une chanson d’amour. Ils sont un peu romantiques. La musique sert à créer une romance dans la vie.

 

On voit aussi beaucoup de télévisions dans vos dessins. Mais on a l’impression que vous n’aimez pas beaucoup cela. C’est exact ?

Kambiz Derambakhsh : Oui. La télévision peut rendre paresseux et empêcher de lire un livre par exemple. La télé peut représenter quelque chose d’anticulturelle.

 

LA POSTERITE
Vous avez travaillé pour les journaux du monde entier. Vos dessins ont été publiés dans la presse iranienne et à l’étranger dans le New York Times, la Repubblica, Le Monde… Quel regard portez-vous sur les dessins de presse?

Kambiz Derambakhsh : A la base un caricaturiste a sa place dans la presse mais avant il y avait plus de place pour les caricaturistes et les dessinateurs qu’aujourd’hui. Pour des raisons politiques et économiques, il y a moins de place pour eux. De fait je préfère dessiner pour moi que dans la presse.

 

 

Vous êtes dessinateur, caricaturiste… Auriez-vous aimé faire du cinéma, être metteur en scène de théâtre, photographe… ?

Kambiz Derambakhsh : Oui, j’aurai aimé être metteur en scène, faire du cinéma ou alors décorateur d’intérieur.

 

60 ans de carrière… Avec du recul et en quelques mots comment définiriez-vous votre travail et votre parcours?

Kambiz Derambakhsh : J’ai été dessinateur très jeune pour gagner de l’argent mais aujourd’hui je suis amoureux de mon métier.

 

 

Propos recueillis par Christophe Dard

 

A LIRE
Kambiz Derambakhsh (sous la direction de Kimya Metghalchi Derambakhsh), Le monde est chez moi, éditions Michel Lafon, 2013.

 

 

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Christophe Dard
Titulaire d’un Master 2 d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Christophe Dard présente les journaux, les flashs et la chronique "L'histoire des Juifs de France" dans la matinale (6h-9h) sur Radio J. Il est par ailleurs auteur pour l'émission de Franck Ferrand sur Radio Classique, auteur de podcasts pour Majelan et attaché de production à France Info. Christophe Dard collabore pour Toute la Culture depuis 2013.

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